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Kayè Tintana, Trésor Humain Vivant : « La relève de la peinture murale traditionnelle de la cour royale est assurée »

Reconnue par son pays et l’UNESCO, Kayè Tintana, Trésor Humain Vivant, est la doyenne de la cour royale de Tiébélé, située dans la province du Nahouri. Depuis plusieurs décennies, elle s’est battue pour transmettre cet art ancestral kassena, la peinture murale traditionnelle de la cour royale de Tiébélé, aux nouvelles générations. Elle a ainsi pu transmettre ce savoir-faire à des milliers de jeunes à travers les pays kassena et le reste du Burkina Faso. Dans cette interview accordée à Infos Culture du Faso, Kayè Tintana, Trésor Humain Vivant, se réjouit de l’adhésion de l’association Dizenidani et de la Cuomo Fondation à son combat il y a dix ans et n’hésite pas à affirmer que « la relève de la peinture murale traditionnelle de la cour royale de Tiébélé est assurée ». De son engagement à sa reconnaissance en tant que THV, en passant par le concours Dora jusqu’à l’inscription de la cour royale de Tiébélé à l’UNESCO, elle revient sur cette progression historique. L’interview a été réalisée au cours de la 10e édition du concours Dora, dans l’enceinte de la cour royale de Tiébélé, le 22 mars 2025.

Infos Culture du Faso (ICF) : Vous faites partie des rares Burkinabè reconnus comme Trésors Humains Vivants. Quelle impression cette reconnaissance de haut niveau vous donne-t-elle ?

Kayè Tintana, Trésor Humain Vivant (KTTHV) : Je suis très contente de ce titre. Cela a permis de mettre en lumière les travaux de décoration murale de la cour royale de Tiébélé et de faire découvrir davantage cette richesse de notre culture au reste du monde.

ICF : Qu’est-ce que cela a apporté à votre combat ?

KTTHV : D’abord, il faut dire que je ne m’attendais pas à cet honneur. Je salue d’ailleurs l’État burkinabè pour cela. Pour ma part, j’ai voyagé dans plusieurs pays à travers le monde : en Côte d’Ivoire, en Algérie, en France, en Chine, dans plusieurs villes burkinabè et, tout récemment, en Inde, ce qui a abouti à l’inscription de la cour royale de Tiébélé à l’UNESCO. Le site est devenu de plus en plus attrayant et attire des milliers de visiteurs. L’affluence des touristes nationaux et internationaux à la cour royale est le fruit non seulement de ma reconnaissance en tant que Trésor Humain Vivant, mais aussi de son admission au patrimoine mondial de l’UNESCO.

ICF : Quel sentiment vous anime après l’inscription de la cour royale de Tiébélé à l’UNESCO ?

KTTHV : J’ai été touchée par cette victoire et j’ai espoir que la pérennité des peintures traditionnelles kassena est désormais assurée. Je pense que c’est l’ensemble des efforts des fils et filles kassena, y compris ceux des organisateurs du concours Dora, qui a porté ses fruits. Cela s’ajoute aux efforts des autorités culturelles burkinabè.

ICF : Que pensez-vous du concours Dora ?

KTTHV : Je suis heureuse de voir que les enfants s’intéressent beaucoup à la peinture murale. Pour l’instant, je me suis déchargée de la formation et c’est ma fille qui m’a remplacée. Cela se passe très bien. Les filles qui sont en apprentissage sont également heureuses et s’appliquent au travail. Pour moi, c’est un bon signe qui montre que la peinture traditionnelle de Tiébélé ne disparaîtra jamais. Ces enfants seront aussi des formatrices un jour et transmettront à leurs sœurs et filles cette richesse kassena. Une fois de plus, je salue l’initiative d’Atiamda Casimir Nassara et de son association Dizenidani, soutenue par la Cuomo Fondation, pour ce travail de valorisation et de protection de la cour royale.

ICF : Que représentent ces dessins sur les murs ?

KTTHV : Les dessins sont, entre autres, des calebasses cassées, des machines de labour avec des animaux et des produits de beauté. Les calebasses cassées sont un code qui signifie que si un enfant laisse tomber une calebasse et qu’elle se casse, il pourrait être puni. Le dessin de l’épervier envoie un message : si l’on voit un épervier, il faut le chasser, sinon il pourrait emporter des poussins. Quant aux produits de beauté, ils incarnent la femme africaine, plus particulièrement la femme kassena. Les filets de pêche représentent un instrument que les hommes utilisaient autrefois pour pêcher les poissons.

ICF : Que représentent les couleurs de la décoration ?

KTTHV : La latérite rouge, le kaolin et la pierre noire, qui donnent respectivement les couleurs rouge, blanche et noire, ne sont pas importés d’une autre province. Ils sont tous extraits ici, à Tiébélé.

ICF : Un mot à l’endroit du promoteur du concours Dora ?

KTTHV : Je les encourage à continuer dans cette dynamique et que Dieu les aide à atteindre leurs objectifs, car ce qu’ils font est très bénéfique pour toute la communauté kassena et pour l’Afrique en général.

Modou Traoré (collaborateur)

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