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« A notre époque, on ne chantait pas pour de l’argent, mais par passion », Hado Gorgo

Dans une interview accordée à INFOS CULTURE DU FASO, la vielle artiste musicienne traditionnelle mooré, Hado Gorgo, lance un vibrant cri de cœur. Entamé la musique il y a de cela plus de 70 ans auprès  de Larlé Naaba Ambga,  elle est aujourd’hui vielle et fatiguée. Alors elle s’est retranchée dans” son petit coin”.  Le jeudi 12 juillet dernier, nous avons fait le déplacement à son domicile situé derrière l’université Ouaga 2. Pour échanger avec elle autour de sa carrière et de la musique traditionnelle burkinabè dans son ensemble.  Le lieu pour elle de lancer un appel au Larlé Naaba Tigré, aux acteurs de la culture et à toutes les bonnes volontés de lui venir en aide. Car elle souffre beaucoup aujourd’hui après tant de sacrifices au profit de la nation. Ci-dessous la vielle Gorgo répond à nos questions.

 

Infos Culture du Faso : Veuillez vous présenter à nos lecteurs.

Hado Gorgo : Je me nomme Hado Gorgo Léontine. Artiste musicienne traditionnelle burkinabè.

Infos Culture du Faso : Quand-est-ce que votre carrière a débuté ?

Hado Gorgo : Vraiment je ne sais pas quand exactement mais c’est au temps de Larlé Naaba Amga et de Maurice Yaméogo. Il y a plus de 70 ans soit  avant la construction de la Maison du peuple de Ouagadougou. A notre enfance, on chantait juste pour s’amuser. C’est à partir du moment où le Chef nous a rassemblé autour de lui pour des animations culturelles que ma carrière a formellement commencé.

Infos Culture du Faso : Est-ce qu’en ce moment vous enregistriez des albums ?

Hado Gorgo : Non. On ne faisait que chanter gratuitement pour nourrir la passion pour la musique. La première fois que j’ai enregistré ma voix, c’était grâce à un prêtre. Il nous avait sollicités avec la permission du chef pour apprendre à chanter aux enfants. C’est ainsi qu’il enregistrait nos séances de chants et d’animation. Plus tard il est revenu nous remettre les enregistrements contenus dans une petite radio qu’on réécoutait avec allégresse à tout moment.

Infos Culture du Faso : Citez nous quelques artistes à qui vous avez  appris à chanter, disons à  faire la musique ?

Hado Gorgo : Ils sont tellement nombreux que je ne peux pas finir de les citer. Le premier est Kisto Kouinbré. Ensuite les autres ont suivi dont Gonr Ka Zand Saaga, Fulgence, Idak Bassavé, Sana Bob. Même si je n’ai pas directement appris la musique à Zoug-Na-Zagmda, il s’est aussi inspiré de moi à un moment donné.

Infos Culture du Faso : D’où provient votre inspiration ?

Hado Gorgo : Mon sang est de la musique. Bien vrai qu’à présent je suis vielle mais si je me retrouve dans un show, je deviens plus heureuse et l’inspiration monte. Je suis spécialisée dans les chansons de louange aux chefs traditionnels. A l’époque, le Larlé Naaba Amga nous avait bien encadré, encouragé. Nous étions tout le temps rassurés et fiers d’être à ses côtés. On ne chantait pas pour de l’argent.

Infos Culture du Faso : Quelle comparaison faites-vous entre la musique d’autrefois et celle d’aujourd’hui ?

Hado Gorgo : Les artistes sont devenus plus créatifs et produisent de meilleures chansons. Ils sont mieux formés car nous, nous avons appris sur le tas dans les amusements d’enfance. Puisque ç’a commencé avec nous. Et le chef nous galvanisait en nous disant de poursuivre que des fils et petits-fils en  profiteront. Heureusement et effectivement les jeunes bénéficient à l’heure.

Infos Culture du Faso : Quels sont les pays que vous avez parcourus à travers la musique ?

Hado Gorgo : En plus d’avoir  parcouru toutes les 45 provinces du Burkina, j’ai été par exemple en Côte-D’ivoire, au Ghana ainsi que dans plusieurs pays dans et hors du continent africain. J’ai fait mon temps et je me repose aujourd’hui.  C’est au tour de la jeunesse d’en faire autant.

Infos Culture du Faso : Que pensez-vous de l’opinion selon laquelle la musique traditionnelle ne peut pas faire voyager les artistes qui y évoluent ?

Hado Gorgo : Non. Bien sûr qu’elle fait voyager. Chaque peuple à sa culture. Les artistes d’ici voyagent à travers le monde. De même que ceux des autres pays notamment les maliens, les ivoiriens et autres qui viennent valoriser leurs cultures chez nous.

Infos Culture du Faso : Vos projets dans la musique ?

Hado Gorgo : Je veux un clip vidéo pour avoir aussi des droits, disons un peu d’argent pour survivre. Je suis à bout de carrière musicale mais je n’ai pas pu engranger des revenus pour vivre ma retraite. Heureusement que depuis un certain temps, le BBDA fait sa part d’effort à travers le fond destiné aux vieux auteurs. Comme je le disais plus haut, jadis on ne faisait que chanter par passion et gratuitement. Contrairement à aujourd’hui où  nos jeunes bénéficient des fruits de leur travail.

Infos Culture du Faso : Vous demeureriez une figure de référence dans la musique burkinabè de façon générale. Aujourd’hui, quels sont vos conseils à l’égard des  jeunes artistes ?

Hado Gorgo : Qu’ils aient le courage. Je les invite surtout à produire des clips vidéo et à ne pas se contenter seulement des prestations.

Infos Culture du Faso : Depuis des années on ne vous voit plus en prestation. Avez-vous un message particulier à lancer à présent ?

Hado Gorgo : Oui. Je demande au Larlé Naaba Tigré de me venir en aide. Je reste persuadée que s’il s’engage dans ce sens, des portes s’ouvriront pour moi. C’est pour servir et vénérer la famille royale que j’ai fait une carrière musicale dans laquelle j’ai passé de très bons moments auprès de son grand-père Larlé Naaba Amga, son père Larlé Naaba Kougri jusqu’à lui-même. Je demande aussi à tous ceux qui peuvent m’aider de le faire car je suis maintenant vielle et fatiguée. N’ayant plus de force, je fais aussi face à des maladies de vieillesse.

Infos Culture du Faso : Votre dernier mot?

Hado Gorgo : Je souhaite que l’on compile toutes mes chansons puis les conserver convenablement au profit  des futures générations. Sinon elles risquent de disparaitre bientôt. Je souhaite aussi que les bonnes volontés  continuent de soutenir mes enfants de ma Troupe musicale traditionnelle NAMEN pour ne pas qu’elle meurt un jour. Car je ne veux  pas que mon nom disparaisse après ma mort.

 

Interview réalisée par Fabrice Parfait SAWADOGO / Filasko Moussa KABORE

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