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“Bob Marley est un guide. Il a tracé les sillons et nous essayons de suivre en fonction de nos réalités”, Freeman Tapily, artsite reggaeman burkinabè

Connu pour ses chansons véhiculées sans langue de bois, mais aussi pour son engagement dans les œuvres sociales, Freeman Tapily fait aujourd’hui partie des porte-flambeaux de la musique reggae au Burkina Faso. Et à l’occasion du 11 mai, par ailleurs date anniversaire de la disparition de l’icône mondiale du reggae, Bob Marley, le vainqueur des FAMA 2021 a bien accepté de nous accorder un entretien, lors de son passage dans nos locaux. Occasion a été saisie par l’invité du jour, pour revenir sur sa carrière, son festival <<Vent de liberté>>, ainsi que la commémoration du 11 mai.

Idrissa Sawadogo de son nom à l’état civil, Freeman Tapily est un artiste reggaeman burkinabè. Dans les années 2003, il rentre au Burkina Faso pour poursuivre ses études supérieures, après l’obtention du baccalauréat. Titulaire d’une licence en droit et d’un master en administration culturelle, il ne va pas se priver de vivre réellement sa passion qu’est la musique. En effet, dès son bas-âge, Freeman comme l’on le surnomme, était déjà sous l’effet de l’influence de la musique d’une infinité de grands artistes reggaemen. “Ma passion pour la musique est quelque chose qui s’est imposée à moi par les circonstances naturelles: en gros, le lieu qui m’a vu naître, l’influence des musiques que certains grands frères écoutaient. Et quand je suis rentré au pays, je décidé d’en faire un metier”, foi de l’artiste.

Auteur de plusieurs singles dont <<Incivisme>>, <<Zem zem>>, <<Président bye-Bye>>, <<Nan an laara, an saara>>, etc, Freeman fait partie de ces artistes qui n’ont pas leur langue dans la poche. D’ailleurs, ces chansons sont presque toutes à caractère dénonciateur des injustices politiques, sociales et économiques sous toutes ces formes. Un style qui aurait pu le placer parmi les artistes engagés, mais par contre, l’artiste ne reconnait pas en être un. Par ailleurs, il fait savoir qu’il est plutôt un artiste libre qui se réserve le droit de dire ce qu’il pense, avec tous les risques de se tromper ou de se faire contredire. Mais qu’à cela ne tienne, il dit assumer tout ce qui’il dit et pense car estime-t-il “bien que l’étendue d’une carrière dépende des hommes, n’empêche que cela dépende plus de l’Éternel. Nous sommes en mission, et chaque mission fait face à des difficultés, des obstacles, des barrières, et on essaie juste de les affranchir”.

Quant à la sortie d’un album, Freeman dit prendre en compte le contexte ambiguë actuel dû plus à la pandémie. Pour lui, sortir une œuvre discographique demande Beaucoup de moyens, c’est un investissement; et lorsque les hostilités sont lancées, il faut un retour sur investissements. Mais, dit-il, le contexte actuel ne favorise pas cela. Cependant, il tient à rassurer ses fans que la surprise ne saurait tarder et qu’il attend juste le bon moment.

Si l’artiste s’est fait une notoriété sur les plateaux artistiques, il en est de même dans les œuvres sociales, à travers son ONG African Culture. En effet, il a initié, via sa structure, un festival baptisé <<Vent de liberté>>, avec pour objectif d’apporter un tant soit peu de soutien (moral, matériel, financier, etc) aux détenus dans les différentes Centres d’incarcération. “Nous essayons, par le biais de ce festival, d’apporter de la gaité aux détenus en vue de donner un petit équilibre à notre société. Ils doivent comprendre que si à un moment donné de leur vie ils ont commis des erreurs qui leur ont conduites dans le milieu carcéral, ce n’est pas dû au fait de la méchanceté de la société de les écarter, mais plutôt pour qu’ils puissent en ressotir en hommes nouveaux afin de réintégrer cette même société. Et cette société à son tour se doit de se préparer afin de les accueillir”, a-t-il précisé.

<<Vent de liberté>> sera à sa 12è édition et à en croire le promoteur, de nombreuses innovations verront le jour à l’image d’une pièce de théâtre qui sera mise en scène par Ildevert Méda et assisté de Thierry Ouéda, jouée bien-sûr par des détenus. Par ailleurs, il a saisi l’occasion pour lancer un appel aux autorités, d’avoir un œil regardant sur les difficultés que vivent les détenus, surtout les femmes et les enfants qui font face à de multiples difficultés d’ordre matériel, et bien d’autres.
Par la force des choses, les nombreux efforts de l’artiste ont fini par lui valoir le premier prix des FAMA (Faso Music Awards) en 2021. Ainsi, fait-il savoir en ces termes : “Cette marque de reconnaissance me va droit au cœur. Mais en réalité, je suis l’alibi, en ce sens que si on pouvait diviser ce trophée, je pense qu’il irait à tous ceux qui se donnent corps et âme pour l’aboutissement de ce projet.

Cependant, cet entretien se passe à la veille même de la commémoration du 11 mai qui marque la date de décès de l’icône mondiale du reggae, Bob Marley. Pour ce faire, Freeman a tenu à laisser un message, car dit-il, cette journée est spéciale pour tous les reggaemen, en particulier les reggaemen burkinabè. “Bob Marley est notre papa, notre guide et un exemple pour nous. Il a tracé un chemin que nous essayons de suivre en fonction de nos réalités, quotidiens, vécus et expériences. Je profite pour dire à mes collègues reggaemen burkinabè de rester positifs car nous sommes à la croisée des chemins. On se doit de savoir que le reggae n’est pas une musique de starmania, mais une musique pour changer les mentalités”, s’est-il confié.

Boukari OUÉDRAOGO

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