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Carnaval Banfora 2021 : le métier de forgeron expliqué aux hommes de médias

La forge, moyen traditionnel de transformation des métaux, est une activité bien connue dans les régions du Burkina Faso, voire de l’Afrique. A travers l’association des forgerons de Moussodougou, le carnaval Banfora a fait un point d’honneur à ces professionnels du fer. Le 25 juillet 2021, Gaoussou Coulibaly, Secrétaire général de ladite association, a livré aux journalistes les étapes de la transformation du fer à la Place de la Nation de Banfora.

Assis, les pieds tendus, les bouts du soufflet en main, un forgeron attise le feu. A l’intérieur, un fer servant à fabriquer une daba. Rougi, il est sorti du feu puis amené à l’enclume. Des jeunes munis de marteaux le battent afin de lui donner forme. Il est retourné encore au feu, puis le cycle reprend. Nous sommes à la forge de l’association des forgerons de Moussodougou. A ce milieu de feu, les tâches sont connues et bien reparties. A la manœuvre du soufflet, un « numu », comme ils se font appeler dans cette zone, concentré, signe d’un travail exigeant. A quelques pas de l’enclume, des femmes scandent des chants à la gloire et à l’honneur des jeunes garçons chargés de battre le fer. Une flûte forgeronne accompagne l’ambiance.

Dans la pratique ancienne de la forge, le minerai est recherché en brousse à l’aide d’un détecteur fabriqué par les forgerons eux-mêmes. Il est ensuite concassé puis transformé dans les hauts fourneaux. L’on distingue deux (02) types de minerais : le fer mou et l’acier. Il existe également le fer brut qui sera purifié dans le feu. Le métier de forgeron exige des valeurs dont la patience. Gaoussou Coulibaly apporte également des précisions sur les mystères et les interdits qui entourent la pratique de la forge. « Cette eau (Ndlr : l’eau servant à atténuer la flamme du feu) a une valeur thérapeutique. Les résidus de la transformation du fer soignent également les hémorroïdes. Des gens viennent se confier à l’enclume ; pour ceux qui traversent des épreuves difficiles ou des couples qui n’ont pas d’enfants » a-t-il expliqué. Par ailleurs, ces maitres du fer sont aussi les maitres de la foudre. Seuls les forgerons ont le pouvoir de toucher des objets abattus par la foudre. En plus, l’union matrimoniale des forgerons avec d’autres communautés dont les Peuls et les griots est interdite. « Les forgerons ne marient et ne versent pas le sang d’un Peul ou d’un griot. Ceux qui transgressent ces règles perdent leurs biens, leurs richesses et même la vie », a confié Gaoussou Coulibaly

Cependant, de nombreux obstacles menacent le métier de forgeron au Burkina Faso. De la modernisation des pratiques culturales avec l’utilisation des charrues, des tracteurs et des herbicides s’ajoutent le désintéressement des jeunes à cette pratique dite ancienne. La concurrence des outils importés, créant ainsi une mévente des produits locaux et la fermeture des hauts fourneaux mettent à rude épreuve la forge au pays des hommes intègres. L’association des forgerons de Moussodougou, dans le but de promouvoir et valoriser le métier de forgeron, tient un rendez-vous annuel de démonstration de la transformation du fer à l’image du festival Wed-bindé à Kaya.

Demba Ka BARRY

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