lun 4 mars 2024

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Interview : A la rencontre de Pierre Yaméogo, plusieurs fois lauréat du Grand prix de l’art vestimentaire.

Pierre Yaméogo connu sous le nom de maître Pierre est l’un des stylistes modélistes de renom du Burkina Faso. Comme ses compères il a  porté son choix sur le Faso Danfani, ce pagne mythique qui fait la fierté de plus d’un. Ce styliste formateur basé à Koudougou participe grâce à ses formations à l’édification de la nation en  réduisant le taux de chômage. Découvrez dans les lignes qui suivent la substance de l’entretien qu’il a bien voulu accorder à Infos Culture du Faso.

Infos Culture du Faso (ICF) : Veuillez-vous présenter à nos lecteurs

Maître Pierre (MP) : Je suis Pierre Yaméogo connu sous le nom de maitre Pierre, je suis styliste modéliste dans la région du Centre-Ouest à Koudougou.

ICF : Pourquoi avez-vous choisi la mode ?

MP : Après l’école primaire et en fonction des moyens financiers limités de mes parents, j’ai choisis d’apprendre un métier. J’ai fait le commerce plusieurs fois mais après, je me suis dit pourquoi ne pas embrasser un métier qui nourrit son homme. C’est ainsi que je me suis lancé dans la couture. Dans le temps la couture était négligée par les gens. Faire la couture c’était comme si tu ne savais pas ce que tu voulais dans la vie. De nos jours je peux dire que la mode est au-dessus de tous les métiers.

ICF : Quel est votre parcours ?

MP : Vu les moyens financiers limités de mes parents, j’ai décidé à un certain moment d’abandonner l’école primaire et d’apprendre un métier. Après l’apprentissage de la couture, j’ai eu d’énormes difficultés pour créer mon atelier. Ensuite, j’ai dû vendre mon vélo pour pouvoir acheter une machine à coudre. 3 ans après mon installation, j’ai suivi une formation pour devenir un professionnel du métier. Je me suis également formé en maître formateur dans le domaine du stylisme et modélisme en Côte-d’Ivoire auprès de Pathé’o et concernant Jules Touré, Saint JO, Saint Moise c’est des voyage d’échange. Je peux dire que ce métier nourrit son homme.

ICF : Comment se porte la mode au Burkina Faso ?

MP : Nous pouvons féliciter les Burkinabè car avant ils n’aimaient pas s’habiller et aimaient ce qui était moins cher au niveau de l’art vestimentaire surtout la friperie. Ils se disaient quand s’habillant bien les  gens vont les tuer parce qu’ils ont l’argent. Actuellement tout à changer au Burkina, car les Burkinabè aiment investir dans l’art vestimentaire pour avoir des habits de qualité.

ICF : Quels sont les tissus que vous travaillez ?

MP : C’est vrai que j’utilise un peu les tissus de l’Europe, de l’Asie, mais je me suis focalisé sur le Faso Danfani qui est un patrimoine du Burkina. Donc j’ai décidé de faire la promotion du Faso Danfani au lieu de faire la promotion des tissus importés. Le Faso Danfani est toute une chaine de productions dont les différents acteurs s’en sortent bien en commençant par la culture du coton jusqu’à la teinture. Aujourd’hui le Faso Danfani a pris son envol car tout le monde veut le porter surtout que nos autorités en font la promotion.

ICF : Parler nous de la formation que vous dispensée ?

MP : Je suis dans la formation technique et théorique depuis 2002, donc je donne des formations en coupe couture je suis appuyé par des partenaires qui œuvrent dans la formation professionnelle. Nous donnons des formations sur la coupe féminine et masculine. Notre centre est basé à Koudougou.

ICF : collaborez-Vous souvent avec les tisserands ?

MP : Je collabore le plus souvent avec les tisserands au niveau de Koudougou et de Ouaga. Sans eux c’est difficile d’avoir la matière première pour réaliser nos costumes.

ICF : Avez-vous une préférence entre la coupe masculine et féminine ?

MP : Comme chacun doit se spécialiser dans un domaine, j’ai opté pour la coupe masculine. Mais souvent je fais un peu de coupe féminine.

ICF : Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir la coupe masculine ?

MP : Parce que je me dis que les première personnes à porter le Faso Danfani ce sont les hommes. J’ai plus de clientèle au niveau des hommes que des femmes.

ICF : Où se trouve votre clientèle, uniquement à Koudougou ou dans d’autres régions ?

MP : Mes clients sont au niveau du Burkina et hors du Burkina. Par exemple l’Allemagne, le Gabon, la Côte-d’Ivoire, etc.

ICF : Avez-vous combien d’ans d’expérience dans le domaine ?

MP : J’ai ouvert mon atelier depuis 1995, j’ai commencé l’apprentissage en 1991.

ICF : Quelles sont les distinctions que vous avez reçues ?

MP : Au Burkina, j’ai été plusieurs fois lauréat du Grand prix de l’art vestimentaire organisé par le ministère en charge de la culture. J’ai également été honoré comme maitre formateur avec plusieurs partenaires dans le domaine de la formation professionnelle. J’ai été décoré avec agrafe artisanal au niveau du métier.  Nommé meilleur styliste de la région  du Centre-Ouest en 2017. Il y en a plusieurs en plus j’ai des diplômes, un brevet de qualification professionnelle au niveau de la coupe couture en 2017. J’ai eu mon certificat de qualification en coupe couture en 2007.

ICF : Quelle différence y a-t-il entre un styliste et un modéliste ?

MP : Le styliste est celui qui fait le dessin donc qui crée le model. Le modéliste c’est celui qui conçoit ce que le styliste met en œuvre.

ICF : Quels sont vos rêve pour le pagne tissé ?

MP : Il faut améliorer la qualité du Faso Danfani au niveau de la teinture, l’épaisseur, etc. Il faut que ce pagne soit exporté et qu’il y ait une labellisation afin que quel qu’en soit le pays on sache que ce pagne vient du Burkina Faso. Avoir des semi-industriels afin de produire en quantité  pour exporter.

ICF : Quelle a été votre dernière collection ?

MP : Ma dernière collection s’appelait le Bark biiga.

ICF : Où a lieu le défilé ?

MP : Au FAMA 2018, à splendide hôtel. Et le 28 octobre lors du SIAO (Salon International de l’artisanat de Ouagadougou).

ICF : Qui est votre référence dans le domaine de la mode ?

MP : C’est Paté’o, souvent dans la vie il faut avoir un modèle. Je suis devenu le Paté’o de la région.

ICF : Comment préparez-vous la relève ?

MP : Nous formons mais aujourd’hui nous travaillons avec des jeunes sur lesquelles nous comptons pour assurer la relève. Je forme plus de 400 au niveau du Burkina et d’autres sont à leur propre compte actuellement. Je lance un cri de cœur au gouvernement pour qu’il soutienne la formation professionnelle.

ICF : Quel conseil avez-vous à donner à ceux qui veulent s’habiller avec goût ?

MP : C’est le client qui amène son pagne mais le styliste peut l’orienter en fonction de sa morphologie afin qu’il trouve un modèle qui lui sied. C’est l’image du styliste qui est reflétée à travers le modèle

ICF : Quelles sont les difficultés rencontrés ?

MP : Le pagne est cher donc ça ne permet pas à tout le monde de s’en procurer. Le gouvernement doit subventionner le fil pour que le pagne soit moins cher afin que les gens puissent l’acheter et le coudre. Ensuite notre problème c’est que nous n’avons pas beaucoup de clients à l’extérieur.

ICF : Quel conseil pour les jeunes qui veulent se former dans le métier ?

MP : Beaucoup de courage, car dans ce métier il ne faut pas voir l’argent d’abord il faut se former et accepter souffrir pour réussir.

ICF : Votre mot de fin ?

MP : Je vous remercie car sans la presse nous ne sommes rien, vous participez à la promotion et à la valorisation de notre métier. Nous demandons du soutien de la part de notre gouvernement car le métier professionnel réduit considérablement le chômage au Burkina.

Interview réalisée par Parfait Fabrice SAWADOGO

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