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« La capoera c’est le seul art martial créé par les noirs », Aguibou Boguebali Sanou.

De la capoera à la danse contemporaine en passant par la danse africaine, notre invité du jour est un virtuose de la danse. Promoteur du festival In Out Dance, il n’hésite pas à mettre la main dans la pâte pour soutenir les initiatives culturelles. Aguibou Sanou est aussi professeur de danse à l’international. Venu apporter sa contribution lors du VAPAJ 2018 dont il a été le parrain, Infos culture du Faso lui a tendu son micro et vous fais le récit de cette conversation dans les lignes qui suivent.

Infos culture du Faso (ICF) : Veuillez vous présenter à nos lecteurs.

AGUIBOU: À l’état civil c’est Aguibou Boguebali Sanou. Danseur chorégraphe. Je réside à Bobo et depuis une bonne dizaine d’années je sillonne le monde soit pour donner ou suivre des formations, soit pour faire des spectacles.

ICF: Faites nous un résumé de votre parcours, comment êtes-vous venu à la danse ?

AGUIBOU: C’est une longue histoire. Parce que les arts ont été la dernière option pour moi. Il faut dire que je suis issu d’une très grande famille d’artistes. Dans mes projections j’étais parti pour être soit un pilote de ligne, soit journaliste ou magistrat. Les arts n’ont jamais fait partie de mes projections. Mais après ce sont les arts qui m’ont choisi. J’ai perdu mes parents très tôt. J’ai fait la communication administrative et l’informatique à l’école et je devais passer le baccalauréat et mon proviseur m’a dit qu’il ne voulait pas d’un artiste dans son école à cause de mes dreadlooks. Et il se trouvait en plus que je devais aller tourner un film et je devais prendre une autorisation. C’est alors que le proviseur m’a demandé de faire le choix entre aller faire le film et rester à l’école, le choix était vite fait puisque c’est ce qui me permettait de subvenir un peu à mes besoins. Je me suis mis sur la formation et j’ai entendu parler d’une formation que Salia Sanou devrait venir dispenser à Bobo-Dioulasso. J’y ai pris part. Mais parallèlement à ça j’apprenais la capoera avec un brésilien, mais aussi je faisais l’école du théâtre où j’ai appris la technique de Jacques Le Coq. C’est donc toute ces mixtures qui ont fait que entre 2003 et 2006 j’ai eu à faire énormément de formations et de fils en aiguille je me suis retrouvé en France au centre national de danse.

ICF: Qu’elles sont vos occupations quotidiennes ?

AGUIBOU: C’est la formation, la transmission. Je crois que Bobo qui fut la capitale culturelle, aujourd’hui la ville est en train de se vider de ses jeunes talents parce que Bobo est presque morte culturellement, donc c’est ça vraiment qui me préoccupe, c’est de voir maintenant comment est-ce qu’on pourra organiser des activités qui donneront espoir à nos jeunes et qui les garderont sur place.

ICF: Avez-vous été soutenu dès votre début ?

AGUIBOU: Moi je peux dire que j’ai eu la chance d’être issu d’une famille très ouverte, je ne suis pas le seul artiste de la famille, mes oncles et même mon père sont tous des artistes. Contrairement à d’autres qui n’auraient pas reçu de soutien à leur début, pour moi c’est le contraire. Je n’ai pas eu de problème. On m’a très souvent dit après le décès des parents d’aller faire une tête sérieuse, c’est-à-dire enlever mes dreadlooks, mais comme pour moi ce n’est pas la coiffure qui fait l’homme j’ai toujours gardé la tête en l’état. Mes amis mon toujours encourager. Jamais personne ne m’a interdit de faire ce que je fais.

ICF: Où et comment avez-vous appris à danser ?

AGUIBOU: Pour moi on n’apprend pas à danser, on naît dans la dance et après on se perfectionne. Depuis le bas âge on imite les grands frères. On s’inspire des mariages et des festivités.

ICF: Qu’elle est la différence entre la capoera et la danse contemporaine ?

AGUIBOU: La capoera c’est le seul art martial créé par les noirs, c’est un mixte entre lutte traditionnelle africaine et de plusieurs types de danse portugaise et africaine. Mais avant tout c’est un art martial. La danse contemporaine c’est de la danse qui date d’aujourd’hui par définition. Par exemple le Korodouga qui est une danse traditionnelle mandingue, dès lors que je l’exporte hors de son milieu elle devient une danse contemporaine. La danse contemporaine est une danse de création. De nos jours il faut que les jeunes fassent des recherches sur les danses traditionnelles sacrées et les danses traditionnelles profanes.

ICF: Pour un profane, comment lui expliquez-vous le métier de danseur ?

AGUIBOU: De mon point de vue c’est un métier comme les autres. C’est un beau métier parce que nous sommes payé pour faire ce qu’on aime, et ça va de soit pour les métiers des arts. C’est un domaine où il faut être inventif, astucieux, respectueux, surprenant, et travailler dur parce que le domaine évolue très rapidement.

ICF: Souvent trop d’acrobaties dans vos prestations, pourquoi ?

AGUIBOU: [Rire] Je suis un danseur, je m’exprime mieux avec mon corps qu’avec ma bouche. Le gestuel est donc la base de la danse.

ICF: Le métier nourrit-il son homme ?

AGUIBOU: Aujourd’hui au Burkina la danse nourrit son homme, après l’Afrique du Sud le Burkina est le deuxième pays de danseurs professionnels au monde. Moi je ne vis que de la danse, et je vis très bien sans prétention aucune. Je m’occupe bien de ma famille, j’arrive à aider beaucoup de gens tout ça grâce uniquement à la danse. C’est l’homme aussi qui doit respecter la danse et travailler dur pour tirer son épingle du jeu.

ICF: Comment êtes-vous perçu par la société ?

AGUIBOU: Je suis perçu comme modèle pour certains, cela nous amène donc à éviter certains écart de comportement. Je ne peux pas dire que je suis mal perçu parce que la société te renvoie ce que tu lui donne. Je fais de mon mieux pour donner une image propre de moi. Seule la société pourrait répondre correctement à cette question.

ICF: Pouvons-nous avoir un bref aperçu de votre parcours, les pays visités, les spectacles ?

AGUIBOU: Woow !!!  Je suis au début de ma carrière. Je suis né et j’ai grandis à Bobo mais ça fait plus de 13 ans que je ne fais pas plus de 3 mois à Bobo-Dioulasso. Ce n’est que le début et je bosse pour aller toujours de l’avant. Je donne des cours au Mexique, en Corée du Sud, aux États-Unis et c’est une fierté pour moi. Je ne peux pas donner un nombre exact des spectacles que j’ai eu à faire. Mais comme grands spectacles j’en suis à quatre. Animanus, Errance (médaillé de bronze aux jeux de la francophonie), Kounfètaga (Lauréat visa pour la création) et grâce à ce spectacle j’ai été désigné meilleur jeune chorégraphe du monde. Le 13 août on aura un spectacle avec les prisonniers en Inde. Ils seront dans la rue pour faire voir leurs créations c’est une première au monde. J’ai visité une trentaine de pays dans le monde.

ICF: Comment est-ce que le gouvernement pourrait aider les artistes évoluant dans votre domaine ?

AGUIBOU: C’est vraiment déplorable, je suis promoteur du spectacle In Out, qui est un événement qui fait déplacer d’éminentes personnalités diplomatiques avec un budget de près de 80 millions mais jusqu’à aujourd’hui le ministère de la culture n’a pas injecté un franc la dedans. Et ça me touche énormément. On a signé une convention avec la mairie de Bobo-Dioulasso qui contribuera à hauteur de 2 millions par ans pendant 5 ans et ça c’est énorme. On a déposé un projet au ministère pour soutenir les initiatives culturelles, c’est un projet de 10 millions, on nous a refusé le financement parce que le bureau qui devrait diriger le projet se trouve dans une cour familiale. C’est donc un cri de cœur pour que le ministère soutienne les grandes activités culturelles à Bobo-Dioulasso.

ICF: Qu’elles sont les difficultés que rencontrent les danseurs africains ?

AGUIBOU: Pour un danseur africain, le premier grand problème c’est le visa qui restreint la mobilité. En Afrique et au Burkina Faso en particulier on n’a pas de bourse de mobilité, on a des spectacles où tout est pris en charge par l’artiste, du caché au séjour sauf le billet d’avion. Et comme il n’y a pas de système étatique pour appuyer, du coup ça tombe à l’eau. Il faudra que le ministère y songe sérieusement. Un tel système existe au Niger.

ICF: Quels sont vos projets futurs ?

AGUIBOU: Le projet, c’est la construction d’un complexe artistique à Bobo-Dioulasso, une école d’art qui sera une première au Burkina. Nous avons des centres de formation mais la majorité est à Ouagadougou. On n’a pas un lieu au Burkina Faso où des élèves sortent avec un diplôme. En Côte d’ivoire ça existe, et l’Etat emploie des artistes. Et nous qui les enseignons nous n’avons pas ça chez nous.

ICF: Quels conseils avez-vous à donner aux jeunes qui veulent se lancer dans le domaine ?

AGUIBOU: Le premier conseil c’est d’aller à l’école et avoir au minimum le BAC, aujourd’hui les arts se sont intellectualisés, parce qu’il faut savoir monter et défendre ses projets artistiques et ce, dans plusieurs langues autres que sa langue maternelle. Il faut aller à la conquête du monde. L’école est donc la base.

ICF: Votre mot pour terminer.

AGUIBOU: Je dis aux autorités et aux artistes de bouger pour qu’ensemble on puisse faire avancer les choses. Mais si les initiatives ne sont pas soutenues au pays on a le risque de les voir partir dans d’autres pays. Il y a quelqu’un qui disait je cite:« Dansons, dansons sinon on est foutu ».

 

Interview réalisé par Parfait Fabrice SAWADOGO

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