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“La kora est une richesse culturelle qui se doit d’être pérennisée et transmise de génération en génération”, Issiaka Sanogo, joueur, fabricant et enseignant de kora

Au-delà de son caractère artistique et professionnel, les VAPAJ sont aussi un cadre de rencontre de grands artistes de renom. Pour ce faire, notre équipe, présente dans la commune de Bobo-Dioulasso, a eu le privilège de rencontrer une virtuose de la kora. Joueur, concepteur et enseignant de cet instrument de musique du terroir, Issiaka Sanogo reste une “bibliothèque culturel” à promouvoir. Sa carrière, l’importance des instruments traditionnels dans la musique, tels ont été les grands axes de notre entretien.

L’impact positif des instruments de musique traditionnelle, plus particulièrement la <<kora>>, dans l’industrie musicale de nos jours n’est plus à négliger. En effet, les sonorités de cet instrument dans les chansons de type moderne laisse transparaitre une certaine originalité qui ne passe pas inaperçue. L’usage de cet instrument dans notre musique au Burkina Faso, nous le devons à un homme, c’est bel et bien Issiaka Sanogo. Issiaka Sanogo est un artiste-musicien, joueur, enseignant et fabricant de la kora. Autrefois élève du célèbre détenteur des savoirs de la kora au Mali du nom de Toumani Diabaté (père de l’artiste Sidiki Diabaté), Monsieur Sanogo a été le grand artisan de l’entrée de cet instrument au Burkina Faso.

“J’ai été initié à la kora par feu Mamadou Mara Diabaté, originaire de la Casamance. Ensuite, j’ai été parfaire cette initiation chez Toumana Diabaté au Mali. Mais auparavant, il faut dire que mon grand frère fut le tout premier éleve de Toumani. Et de retour dans mon pays le Burkina Faso, j’ai commencé à évoluer dans les orchestres, notamment Sya Dambé de Tidiane Coulibaly, et bien d’autres jusqu’à ce que je fonde mon propre groupe, le Trio Lolo. Ce groupe a été constitué en se basant sur trois instruments, notamment la kora, le balafon et la flûte, comme son nom l’indique, et qui va donner par la suite le Trio Lolo plus. Nous avons fait de nombreuses tournées, plus particulièrement en France où j’ai eu la chance de rencontrer l’Ensemble instrumental Asnova avec qui j’ai travaillé pendant plusieurs années. À ce propos, j’ai également travaillé avec le Buren Cirque ainsi que le groupe Ortille à Grenoble et bien d’autres encore”, a-t-il expliqué.

Les nombreuses tournées de Issiaka Sanogo ont été aussi avec d’autres artistes nationaux au nombre desquels se trouve Nouss Nabil. À l’en croire, il a beaucoup tourné avec Nouss Nabil, et c’est d’ailleurs lors d’une de ces tournées à Bordeaux, après celle du Canada, qu’il fait la rencontre de Issa Sanou, le promoteur des Vacances artistiques professionnelles pour ados et jeunes (VAPAJ avec qui il travaille également à travers la compagnie Sanou Ka Sanu et par la suite sur VAPAJ aujourd’hui. “Issa est une personne que j’apprécie beaucoup. J’ai pris et je continue de prendre du plaisir à travailler avec lui et cela sur différents projets bien que je continue également mes propres projets, tantôt avec mon groupe le Trio Lolo plus, tantôt les cours de kora que je dispense”, foi de Issiaka Sanogo.

Enseigner les connaissances de la kora aux jeunes, selon lui, est une manière de contribuer à la préservation de cet instrument qui fait aujourd’hui la fierté du patrimoine musical burkinabè, et africain en générale. Il a de de fait contribué et continue de contribuer à former beaucoup de jeunes aux pratiques de cet instrument. “Il y’a des personnes qui viennent de l’Europe, les États-Unis et d’autres pays d’Afrique pour apprendre la kora avec moi. Je dispense également des cours en ligne sur cet instrument. Je reçois même des gens du Mali, bien que ce pays soit le berceau de la kora. Cela montre à quel point les instruments de musique traditionnelle sont importants. Donc nous avons le grand devoir de préserver ces acquis qui sont propres à nos cultures africaines”, a-t-il indiqué.

Des dires de ce spécialiste de la kora, l’Africain court à sa propre perte si des actions ne sont pas entreprises pour sauvegarder ce que nos ancêtres nous ont légué. Et les instruments musicaux y occupent une grande place dans ces traditions, selon ses propos. D’ailleurs, a-t-il milité en faveur de l’intégration des pratiques des instruments de musique traditionnelle aux programmes scolaires. Aussi, il a tenu à appeler les jeunes artistes à intégrer de plus en plus les sonorités du terroir dans leurs différentes œuvres, car dit-il, cela confère une certaine identité à ces œuvres. Issiaka Sanogo dit déplorer que le milieu de la musique, aujourd’hui, soit en perte de vitesse du point de vue qualité. Et pour raison, il pointe du doit le fait que beaucoup arrivent dans la musique pas par passion mais plutôt pour se faire de l’argent en premier lieu. Pour lui, l’amour pour la musique doit précéder le gain financier. Du reste, Issiaka Sanogo dit être convaincu du talent des acteurs du milieu, mais force à eux de le mettre en avant ; le reste viendra après.

 

Boukari OUÉDRAOGO

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