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Le ministre de culture burkinabé monte au créneau lors du panel de haut niveau de l’Assemblée Générale de l’ONU.

À l’occasion de la journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement, Monsieur Abdoul Karim Sango, le Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina Faso a pris part, ce mardi 21 mai 2019 au siège de Nations unies, à une manifestation de haut niveau sur la culture et le développement durable.

Les débats ont porté sur la contribution de la culture à la réalisation des objectifs de développement durable à partir des perspectives nationales, régionales et internationales, en s’appuyant sur les expériences de chaque pays, les politiques et les cadres existants.
Présidée par Mme la présidente de l’Assemblée générale, Mme Maria Fernanda Espinosa Garcés. Comme orateurs, la session a vu aussi la participation des ministres de la culture de la Jamaique , de l’Uruguay, de l’Equateur, de l’Uzbekistan, du ministre des affaires étrangères du Vanuatu.

Déclaration du ministre de la culture des arts et du tourisme M. Abdoul Karim Sango

« La culture n’est pas l’opposé du développement. Bien au contraire, elle en constitue le socle indispensable sans lequel le développement apparaît comme un mythe.
De ce point de vue la culture peut véritablement contribuer à fixer les conditions d’un développement durable. Il faut se satisfaire de la lucidité qui a prévalu dans le choix de faire de la culture un des objectifs du développement durable. Cette dynamique enclenchée à l’ONU pousse la plupart des organisations à revisiter leur rapport à l’enjeu culturel. Ainsi l’UE note que ” there’s no future without culture”. L’agenda 2063 de l’UA fait de la culture un élément essentiel des politiques publiques.
Le Burkina Faso pays à l’ avant-garde de la promotion de la culture comme élément moteur du développement s’est doté d’une stratégie nationale de la culture pour l’horizon 2027. Il faut aussi souligner que déjà l’étude prospective Burkina 2025 avait clairement défini une vision du développement du pays ancré sur la culture.
Il faut remonter à la veille des indépendances pour comprendre pourquoi le Burkina Faso défend une exception culturelle qui sera défendu par tous les gouvernements respectifs avec un accent particulier sous la période révolutionnaire avec le président Thomas Sankara.
Ainsi, dès 1969, il a été créé le plus grand festival de cinéma et de l’audiovisuel du continent africain dont on a célébré les 50 ans en début d’année 2019. Au-delà de l’aspect distraction du cinéma, le FESPACO porte dans le monde la voix du cinéma africain en promouvant les identités culturelles africaines, l’histoire de l’Afrique et les rêves de sa jeunesse.

Aujourd’hui, face à la menace des extrémismes violents qui imposent à nos États une sale guerre, le cinéma africain doit être soutenu pour opposer à ce discours de haine, le discours d’humanisme portée et vécue par les sociétés africaines. En effet, la culture africaine repose sur des valeurs de référence partagées que sont le respect, la solidarité, la fraternité, la tolérance qu’il convient de préserver par tous les moyens. Dans certaines cultures africaines, il est enseigné que l’étranger est un envoyé de Dieu à qui l’on cède souvent son propre lit. Dans l’imaginaire de plusieurs générations d’africains celui qui reçoit un étranger a les faveurs de Dieu. Celui qui accepte un étranger ne peut rejeter son propre frère. Ce qui se passe dans nos pays aujourd’hui sous forme d’extrémisme violent est incompatible avec la civilisation africaine.


Mesdames et messieurs
Du haut de cette tribune, nous plaidons pour que soit apporté par exemple un soutien plus important aux politiques publiques de cinéma et de l’audiovisuel ; car le cinéma et l’audiovisuel constitue un moyen efficace pour l’éducation et la sensibilisation de la jeunesse africaine de l’ère post démocratique. Les technologies de l’information et de la communication peuvent être très utiles. La jeunesse africaine est très ouverte à ce nouveau type de média. On pourrait bien construire des programmes sur culture et identité africaine ayant pour objectifs la sensibilisation et l’éducation de la jeunesse.
Cette jeunesse ouverte au discours extrémiste est très souvent en manque de repère. Qui nous sommes ? D’où venons-nous ? Qu’avons-nous apporté à la civilisation de l’universel ? Ce sont là autant de questions dont les réponses peuvent contribuer au développement durable des sociétés africaines. Les réponses apportées à ces questions ne visent pas à se détourner du monde. Mais comment accepter l’autre si l’on ne s’accepte pas soi-même. Ce sont là les contradictions du système monde qui font le lit de la conflictualité.
Pour sortir de la spirale de l’extrémisme violent en Afrique, il faut conjuguer le combat militaire et celui culturel.

Sur un tout autre registre en relation avec le développement durable, l’Afrique était en avance sur l’agenda actuel de l’ONU. Il s’agit de la celui de la protection de l’environnement.
Au XIIIème siècle dans l’Empire mandingue sous le règne de Soundjata Kéita, les africains avaient compris et intégré la problématique du développement durable en fixant des principes de la vie sociale. Ainsi, dans la charte de kourounkanfougan, il était fait obligation de protéger et de préserver la nature. Cela est précisé à l’article 37 « Fakoubè est désigné chef des chasseurs. Il est chargé de préserver la brousse et ses habitants pour le bonheur de tous ». L’homme africain ne conçoit pas sa vie sans la nature. Par exemple, ils sont nombreux ces africains qui ont grandi avec l’idée de forêt ou de rivière sacré. On entrait et ressortait de la forêt sacrée à des conditions. Tout ce qui y était prélevé était soumis à des conditions strictes. Hélas le capitalisme avec l’industrialisation a tué toutes les forêts sacrés dans nos pays.
La nature avait des secrets que l’on utilisait pour soigner des pathologies incurables par la médecine dite moderne. Nous essayons encore de valoriser ce savoir endogène en intégrant la médecine traditionnelle dans les politiques publiques de santé.
Rien que le weekend dernier, il a été organisé à Ouagadougou une soirée culturelle de reconnaissance des Nakamse à l’initiative de la chefferie traditionnelle. Les Nakamse sont toutes ces personnels qui utilisent leur savoir traditionnel pour soit traiter des pathologies ; pour soit œuvrer à la cohésion sociale. Plus d’une dizaine d’entre eux ont ainsi été reconnus. Toutes ces initiatives sont conformes à l’esprit et à la lettre de la Convention de 2005 sur la diversité culturelle de l’UNESCO dont nous célébrons la journée ce 21 mai.
Pour conclure, je dirai que l’Afrique porte encore en elle le supplément d’âme culturel indispensable à l’équilibre de notre monde. il suffit de l’écouter ! »

Source: DCPM/ Ministère de la culture des arts et du tourisme.

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