« L’État doit réellement se pencher sur la création d’un fond special pérenne pour le cinéma au Burkina Faso, chose qui redorera l’image de notre cinéma », Sékou Oumar Sidibé, acteur et cinéaste burkinabè

 « L’État doit réellement se pencher sur la création d’un fond special pérenne pour le cinéma au Burkina Faso, chose qui redorera l’image de notre cinéma », Sékou Oumar Sidibé, acteur et cinéaste burkinabè

Inspecteur Rock, c’est sous ce nom qu’il est connu et a son empreinte dans le cinéma burkinabè, à travers la série telé à succès « Commissariat de Tampy » de feu Missa Hébié. Aujourd’hui, à la fois acteur, réalisateur, producteur de cinéma et musique à travers la structure « Nafadou », Sidibé Sékou Oumar, puisque c’est de lui qu’il s’agit, continue d’apporter sa part à l’édification du cinéma burkinabè. Dans une interview qu’il nous a accordée, l’homme revient sur sa carrière tout en parlant de ses projets.

Infos Culture du Faso (ICF): Qui est l’acteur Rock pour nos lecteurs ?
Sidibé Sékou Oumar (SSO): Je suis Sidibé Sékou Oumar à l’état civil et connu plus sous le nom Inspecteur Rock. Un nom qui m’est collé depuis la diffusion de la série télé « Commissariat de Tampy ». Je suis acteur, réalisateur mais aussi producteur de film et musique. Mais à la base, je suis instituteur de profession et actuellement inspecteur de l’enseignement primaire et de l’education non formelle à la Direction des technologies de l’information et de la communication pour l’education (DTICE).

ICF: Comment avez-vous découvert le cinéma ?
SSO: Tout a commencé quand j’ai eu une discussion avec un ami devant une telé où Missa Hébié annoncait son casting pour une serié telé.. HEBIE, paix à son âme, était à la recherche des comédiens pour la réalisation d’une serie telé africaine, film policier purement africain. C’est comme cela que j’ai été retenu. Mais avant, j’étais dans les activités culturelles, danse, théâtre à l’école. Après la réalisation de la deuxième saison de « Commissariat de Tampy » qui nous a fait bien-sûr prendre goût au cinéma, j’ai été formé à l’Institut Supérieur de l’image et du son/Studio École (ISIS-SE). Donc, J’ai eu la chance à travers cet institut d’aller me spécialiser dans la réalisation des films documentaires à Bruxelles en 2014. A mon retour au pays, vu que le métier de producteur de films au Burkina n’était pas très structuré, alors j’ai profité d’une opportunité, une bourse partielle pour me former en Master 2 en production cinéma à l’Université Gaston Berger de Saint Louis au Sénégal, grâce à Africa Doc en 2015-2016. Actuellement, je bosse dans ma structure de production de film nommée « Nafadou (Maison de la benédiction en Dioula) ». Nous accompagnons les réalisateurs et musiciens qui ont leurs projets à la recherche de financement.

ICF: Quel souvenir gardez-vous de cette série qui vous a révélé au grand public ? Dans quels autres films avez-vous joué ?
SSO: J’ai été justement connu à travers cette série en 2006. Et ce que je retiens, c’est justement la nostalgie d’une famille où Missa Hébié était le papa. On était en famille. Lors des tournages, il y avait l’ambiance familiale. Du côté de l’inspectrice Mouna, (Samira Sawadogo), j’ai toujours le souvenir de ce talent dragueur (l’acteur Inspecteur Rock) que les téléspectateurs transposaient dans la réalité. Ce fut des moments de joies, d’amusements, de vie…
Cela dit, j’ai également joué dans le film « Ina » de Madame Valérie Kaboré, actuelle ministre en charge de la Communication, de la culture, du tourisme et des arts; « L’As du lycée » de Missa Hébié; « Desrance » de Apolline Traoré; « Ma grande famille » de Akissi Delta, pour ne citer que ceux là.

ICF: Des dires de beaucoup de personnes, le métier d’acteur ne nourrit pas son homme. Quelle appréciation faites-vous de cela ?
SSO: Normalement, le métier doit nourrir son homme. Si l’acteur a l’occasion de jouer dans plusieurs films, où s’il doit tourner chaque mois dans un film, évidemment il peut survenir à ses besoins. Mais, si l’acteur doit prendre plusieurs mois avant de tourner dans un film, c’est-à-dire avant de travailler, il est difficile qu’il s’en sorte avec ce seul métier. Nous devons faire la part des choses.

ICF: Vous êtes également réalisateur. Dites-nous comment vous y êtes arrivé ? Parlez-nous donc de vos réalisations.
SSO: Comme je vous l’avais déjà dit ci-haut, j’ai suivi des formations académiques dans la réalisation. D’ailleurs, mon film d’école était en compétition au FESPACO en 2015. J’ai participé avec des courts-métrages à différents festivals: Ecran noir au Cameroun, Clap Ivoire en Cote d’ivoire, Festcab, Vues d’Afrique….

ICF: Quelle est votre actualité ?
SSO: Bien que je sois à la fois acteur, réalisateur et producteur, je préfère le métier de producteur. « Nafadou » a déposé des projets dans des guichets de financement nationaux et internationaux: OIF, Ministère de la Culture, FDCT, TV5…. J’ai déposé dans plusieurs structures de résidence d’écriture, de laboratoires… de projets cinématographiques de realisateurs. Dans les mois de Juillet et d’août, j’ai organisé des Camps vacances avec une cinquantaine d’élèves à Bassinko, en jeu d’acteur, théâtre, slam, instrument de musique….

ICF: Avez-vous des projets à court et long termes ?
SSO: Je suis dans l’attente des résultats de mes dossiers déposés. Une fois un dossier financé, beh on demarre un tournage. Mais « Nafadou » continue dans ses activités d’auto production pour les enfants, courts-métrages, musique…. J’ai un documentaire que je dois réaliser bientôt avec une collègue. Je compte réaliser un film de sensibilisation également sur l’éducation,…. Dans l’un à l’autre, j’attends les résultats de mes projets déposés dans les différentes structures de financements.

ICF: Quelle analyse faites-vous du cinéma burkinabè à l’heure actuelle ?
SSO: On constate actuellement au Burkina une génération de producteurs réalisateurs de films dans les salles, qui s’imposent avec la quantité et la rapidité de production. Ils réalisent des films à petit budget et ils diffusent dans les salles de ciné. Avec l’avènement du numérique, ils arrivent à tirer leur épingle du jeu. Et cela, contribue aussi au rayonnement du cinéma burkinabè sur le plan national, et par ricochet, les productions dans l’économie du cinéma mondial, les coproductions continuent avec la ténacité et l’endurance de certains cinéastes à féliciter.

ICF: Si vous aviez un message à l’endroit de votre ministère de tutelle, ça serait quoi concrètement ?
SSO: Si le ministère arrive à instituer un fond annuel, pérenne pour le cinéma, ça va booster le domaine. Dans certains pays africains, il y a des fonds qui existent pour le cinéma, et cela leur favorise les coproductions. Pourquoi pas chez nous ? Je pense que cela permettra à notre cinéma de retrouver son lustre d’antan.

ICF: Selon vous qu’est-ce qui manque pour que le cinéma burkinabè renoue avec l’étalon d’or du Yennenga au FESPACO ?
SSO: Les films qui gagnent l’Étalon d’or de Yennenga au Fespaco ont des budgets souvent de deux milliards, quatre milliards…., bien vrai qu’on peut le gagner sans ces budgets, mais, cela contribue y énormément. Voilà pourquoi, il nous faut un fond spécial pour le financement de nos films au Burkina. Je pense aussi que si nous collaborons, une coproduction saine Sud/Sud, on pourrait atteindre le but escompté et renouer pourquoi pas avec cette récompense suprême du FESPACO.

ICF: Nous sommes à la fin de l’entretien, quel est votre mot de fin ?
Je vous remercie pour l’intérêt porté à ma modeste personne, et l’occasion que vous donnez à mes fans de savoir que je me porte bien. Je vous souhaite beaucoup d’accompnement pour votre presse, afin de poursuivre votre mission, celle de promouvoir la culture burkinabè dans son ensemble. Je souhaite enfin que la quietude revienne au Burkina Faso, que les autorités et nous tous populations, arrivions à trouver des solutions pour la paix, la sécurité et le bonheur au Burkina. Amen. Que Dieu nous benisse toujours.

 

Interview réalisée par Modou TRAORÉ (stagiaire)

Parfait SAWADOGO

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