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LITTERATURE : Auguste Jean-Yves Nébié intègre la grande famille des écrivains avec « Le silence des morts »

Natif du Namentenga dans le Centre-Nord du Burkina Faso, Auguste Jean-Yves Nébié est un jeune journaliste très passionné des lettres. Rédacteur en chef du journal Infos Sciences Culture, il reçoit en 2018, les prix OFAB/Burkina et OFAB/Afrique dans la catégorie presse écrite/ligne, ainsi que le Prix Yannick Sankara du meilleur article de journalisme culturel en 2021. Aujourd’hui auteur du recueil de poèmes « Le silence des morts » paru en début Octobre 2021, l’homme réalise enfin son rêve d’enfance. Cette œuvre de 44 poèmes aborde des thématiques d’actualité parmi lesquelles le terrorisme. De passage dans notre rédaction, il a bien voulu nous entretenir de long en large sur cette œuvre.

ICF : Dites-nous comment est née cette passion d’écrire ?
Nébié : Depuis le lycée, j’aime lire des textes savamment écrits. J’aime la poésie et je voulais écrire des poèmes. Maintenant c’est une réalité. C’est un rêve qui se concrétise. Écrire, c’est le moyen le plus simple pour moi d’exprimer ce que je vis, de ressortir mes émotions, de partager mon monde intérieur, ma vision du monde, mon quotidien.Je suis un être sensible. J’écris pour guérir. « J’écris seulement si quelque chose me coule du cœur jusqu’aux mains », a indiqué Christian Bobin. C’est pour cela que je suis devenu poète.

ICF : En tant qu’écrivain aujourd’hui, c’est quoi la littérature pour vous ?
Nébié : La littérature est un domaine très vaste. On peut écrire des romans, des poèmes, des nouvelles, des essais, etc. Tous les écrivains sont des êtres sensibles et ils trouvent dans la littérature des ressources pour s’exprimer, tout en gardant un idéal de beauté.

ICF : Vous venez de publier « Le silence des morts » qui est un recueil de poèmes. Pourquoi le choix de la poésie au détriment des autres genres littéraires ?
Nébié : La poésie, c’est ce qui me parle le plus. Pourquoi un poème ? Toutes les codifications, la manière d’écrire, les rimes, l’enchevêtrement des vers, l’esthétique, le rythme, les tons : c’est ce qui me parle le plus.

ICF : Parlez-nous de cette œuvre.
Nébié : « Le silence des morts » est un recueil de 44 poèmes édités avec le soutien du journal Infos Sciences Culture. Dans le recueil, il y a plusieurs thématiques que j’aborde, des thèmes d’actualité que j’avais envie de faire ressortir.
Parmi ces thèmes, il y a le terrorisme qui est l’un des thèmes les plus développés dans le recueil. J’exalte aussi la bravoure des forces de défense et de sécurité qui luttent au quotidien pour nous sécuriser, pour nous défendre contre les terroristes, pour nous permettre de vivre. Ce sont des héros à qui il faut rendre un vibrant hommage. Nous ne devons jamais les oublier.
J’y parle aussi de l’amour, de la déception, du viol, des changements climatiques, de la paresse, de la peur de la mort, de la solitude, de l’irréversibilité du temps, du lien mère-enfant, de l’amour maternel, etc.

ICF : Autant de questions abordées dans cette œuvre mais dites- nous quelle est la visée de vos écrits ? Que pouvons-nous retenir de ces thématiques abordées ?
Nébié : Il faut dire que le lecteur est un ami à qui on se confie. Le recueil est comme une lettre. Dans cette lettre, j’immerge le lecteur dans un monde qu’il connaît ou croit connaître très bien. Je l’entraîne dans un voyage, à travers les ressources de la langue, où il se découvre sous un nouveau jour. Cette lettre est aussi une invite à se questionner, à remettre en cause certains de nos comportements. Le lecteur se transforme au fil de la lecture et explore ses propres peurs, ses propres joies, ses propres turpitudes.
Le recueil s’adresse à tout le monde. Je n’ai pas écrit dans des tournures compliquées qui pourraient obscurcir les différents messages. Il faut respecter certaines règles et user des ressources de la langue pour avoir de beaux textes. Mais, il faut que le lecteur puisse comprendre les messages. L’’obscurité dans un texte n’est pas forcément synonyme de profondeur. Souvent l’obscurité ne cache qu’un grand vide.

ICF : Pourquoi le choix du titre « Le silence des morts » alors que l’œuvre aborde d’autres thèmes ?
Nébié : « Le silence des morts » est l’un des titres des poèmes. C’est un titre éponyme. Ce titre évoque les malheurs des familles des victimes du terrorisme : une mère qui attend que son fils rentre ; une femme qui guette le retour de son époux ; un père qui attend le retour à la maison de sa brillante fille devenue soldat ; un chef militaire qui attend que ses hommes reviennent à la maison, qu’ils reviennent en caserne. Civils ou militaires, nous perdons dans cette indicible guerre des êtres chers, des piliers dans de nombreuses familles. Face à tous les appels, il n’y a que le silence, celui des morts.
Les familles vivent ces souffrances au quotidien. On ne peut pas imaginer comment une famille peut ressentir l’absence d’un être cher. On ne peut pas imaginer la frustration et les souffrances des soldats tombés au front.
Ce titre dénonce également l’inertie, l’inaction, la résignation, le fatalisme face à l’ignominie des terroristes. Ce fatalisme ressemble à un silence coupable. Nous semblons accepter impuissamment cette lâcheté. Et cela ressemble vraiment à un silence de mort.

ICF : Est-ce la première œuvre de votre carrière ?
Nébié : C’est la première œuvre de ma carrière d’écrivain. J’espère que ce ne sera pas la dernière. Tant que la muse soufflera à mon oreille, tant que je vivrais, il y aura toujours quelque chose à écrire. Je suis humain et très sensible. Il y aura toujours des émotions, des réalités, des maux à dénoncer et de la beauté à exalter.

ICF : Mais que pensez-vous réellement de la place de la poésie dans la littérature burkinabè ?
Nébié : C’est comme si vous me demandez quelle est la place de la lecture. Aujourd’hui, c’est compliqué avec internet. Mais nous ne devons pas nous flageller. Il faut aller à la conquête du lectorat par des œuvres de qualité. Il faut écrire des œuvres qui sont digestes, qui nous enseignent, des œuvres qui sont capables par le titre, la couverture, le fond d’attirer un grand nombre de lecteurs. C’est la même chose avec la poésie.
Il faut faire beaucoup de promotion et aller à la conquête du lecteur, lui parler à travers les réseaux sociaux, pour lui donner quelques pistes, discuter avec lui. Et c’est encore plus facile de susciter la curiosité du lecteur. C’est toute une politique qu’il faut mettre en place.
Il faut faire la promotion de la lecture à travers plusieurs canaux. Il faut mettre en place des prix d’excellence dans les différents établissements et encourager les élèves à lire. Il faut inviter les auteurs dans les classes afin de discuter avec les élèves pour susciter plus de vocation.
Dans ce sens, il y aura lors de la 16ème édition de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO), qui se tiendra du 25 au 28 novembre 2021, la tournée des écoles pour susciter la curiosité des enfants. Il faut éveiller leur esprit. La lecture divertit, ouvre l’esprit, facilite l’acceptation de l’autre, permet de se découvrir et de s’explorer, etc.

ICF : Côté promotion, est-ce qu’il est prévu des activités dans ce sens ? Sinon quelle est votre stratégie de promotion ?
Nébié : Nous sommes toujours entrain de peaufiner notre stratégie de promotion. Nous parlons de l’œuvre autour de nous, sur les réseaux sociaux. J’ai une page Facebook (Jean-Yves Nébié-Écrivain/Poète) dédiée à la poésie où je partage certains de mes poèmes. Je communique sur les différents réseaux sociaux, notamment Instagram, Whatsapp, etc.
Ensuite, il y a la communication traditionnelle qu’on travaille à mettre en place avec les médias. J’échange aussi avec des étudiants et élèves dans le cadre de la tournée des écoles.
ICF : Combien coûte le livre et où peut-on s’en procurer ?
Nébié : On peut l’avoir au siège d’Infos Sciences Culture à Kamboinsin (Ouagadougou) à 4 000 francs CFA. Avec moi, vous pouvez l’acheter. Vous pouvez me joindre au 70 03 81 43.

ICF : Nous sommes au terme de notre entretien, aimeriez-vous ajouter quelque chose que vous avez omis de dire ?
Nébié : J’aimerais d’abord remercier Infos Culture du Faso de m’avoir donné l’opportunité de parler du recueil de poèmes « Le silence des morts ». Merci pour tout ce que vous faites pour l’émergence de la culture.
Ensuite, je tiens à remercier Cyr Payim Ouédraogo, Directeur de Publication d’Infos Sciences Culture qui a cru à mon projet et qui a décidé d’accompagner l’édition du livre. C’est vraiment avec le soutien du journal que ce livre est sur le marché aujourd’hui. Je dois vraiment dire merci à cet homme qui se bat pour l’émergence de la culture et des sciences au Burkina et dans la sous-région ouest-africaine.
Je dis un grand merci à Dr Dramane Konaté, Sémiologue, écrivain et dramaturge, qui a enrichi l’œuvre en apportant des amendements et en réalisant la préface.
Je remercie également l’éditeur, Les Nouvelles Éditions de la Pensée Africaine et son Administrateur général, François Kombasséré. Dès le départ, il a accepté d’éditer le recueil. Je n’oublie pas tous ceux qui m’accompagnent dans cette aventure passionnante.
Tout le monde doit lire. C’est vital. Il faut lire pour élargir ses horizons. L’esprit est également une prison quand on décide de ne pas s’ouvrir et qu’on reste enfermé comme dans l’Allégorie de la caverne de Platon.

Interview réalisée par Boukari OUÉDRAOGO

 

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