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Mode : «A quoi sert de donner des diplômes aux gens qui ne savent pas coudre ? », Adama TRAORE, couturier et promoteur du festival de la mode vestimentaire de Orodara

Passionné par ce métier, Adama TRAORE s’est vite intéressé à la couture de haut standing. Cet homme a commencé sa carrière en Côte d’Ivoire puis petit à petit, il s’est érigé son propre empire dans le pays des hommes intègres. Il nous confie ici son parcours professionnel lors de cet entretien accordé le jeudi 29 juillet 2021.

Infos Culture du Faso (ICF) : Veuillez-vous présenter à nos lecteurs s’il-vous-plaît.

Adama TRAORE (AT) : Moi, je suis Adama TRAORE, je suis couturier et promoteur du festival la mode vestimentaire de Orodara. Je suis aussi le premier vice-président de la chambre de métier de l’artisanat du Burkina Faso.

ICF : En quoi consiste concrètement le métier d’un styliste ?

AT : Personnellement, je préfère dire que je suis couturier. Car c’est ce qui est vrai. Je n’ai pas été à l’école de stylisme, je n’ai pas fait d’école de modélisme non plus, mais je fais très bien les desseins. J’ai même été le premier enseignant de dessein de mode au Cercle de l’évaluation de la formation professionnelle de Ouagadougou (CEFPO) au niveau du programme du PQP. C’est une structure du ministère de la jeunesse. Donc j’ai assuré ce programme pendant deux ans puis je suis parti.

ICF : Ya-t-il une différence entre styliste et couturier ?

AT : Oui, il y a différence car normalement les couturiers ont leur styliste et leur modéliste; une seule personne ne peut pas faire le travail. Le modéliste s’occupe du modèle et le styliste, c’est la conception et maintenant le couturier c’est le patron de l’atelier. C’est vrai que tout le monde à tendance à appeler tailleur mais on ne sait pas trop ce que ça veut dire. Sinon le mot exact, c’est couturier. En réalité, les gens emploient le mot tailleur là pour dénigrer le métier. Par exemple quand un enfant ne travaille pas bien à l’école on lui dit on va te mettre chez le tailleur là. Et ainsi, c’est comme si le tailleur était un vaut rien. Pourtant dans la couture aussi on réfléchit.

ICF : Depuis combien d’années pratiquez-vous ce métier ?

AT : J’ai fait mes premiers pas dans la couture depuis 30 ans maintenant. J’ai commencé en tant qu’apprenti d’abord en Côte d’Ivoire et ensuite j’ai ouvert mon entreprise en 1993 en tant que patron et au Burkina ici c’est depuis 2006 que j’ai installé mon entreprise. En effet, je fais la couture mixte car j’ai eu une formation de couture mixte.

ICF : Et où se situe l’entreprise ?

AT : L’entreprise est située au secteur 46 de la ville de Ouagadougou. Sur l’avenue Tansoba en face du siège de April Oil.

ICF : Avez-vous déjà été à une exposition internationale ? Où et combien de fois ?

AT : Oui j’ai été à plusieurs expositions. La dernière exposition que j’ai eu à faire avant la Covid-19, c’était au Benin. Après ça j’ai plus voyagé. Ça fait environ une quinzaine d’expositions.

ICF : Avez-vous déjà reçu un prix ou une reconnaissance ?

AT : Oui car j’ai eu une distinction avec agrafe industrie et commerce. C’etait dans les années 2018.

ICF : Avez-vous des partenaires fidèles à l’international ou national ?

AT : Oui, que ça soit au Burkina, au Sénégal, en France, aux Etas-Unis. Et même en Guadeloupe mais malheureusement la personne est décédée ça vaut environ 5 ans. Sinon c’est quelqu’un avec qui je travaillais depuis près de 20 ans et qui avait une boutique à Fort de France qui s’appelait Bandigara. Au Burkina ici, j’avais essayé de travailler avec une structure qui n’existe plus, c’est Jolie Hôtel où j’avais une boutique. A part ça, formellement je n’ai pas un partenariat direct. Sinon moi-même j’ai une boutique de prêt-à-porter, située au 1200 logements. En ce qui concerne le prix des tenues dans ma boutique, les prix varient. Pour les ensembles dame, c’est entre 60 à 70 mille et pour les hommes c’est entre 70 à 80 mil. Si c’est des tenues simples, il y a n’a de 40 mille et les chemises, on peut les avoir entre 25 mille à 15 mille francs en prêt-à-porter.

ICF : Quel bilan faites-vous de votre carrière à l’heure actuelle ?

AT : Je peux dire que le bilan il est positif car ça m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Grâce à la couture, j’arrive réaliser certains projets.

ICF : Quels sont vos projets à court et moyen terme ?

AT : Mon projet, c’est d’investir dans mon village. Je projette faire une semie industrie là-bas. J’ai aussi un champ d’anacarde à Badala.

ICF : Quelle sont les difficultés rencontrées dans votre domaine , en particulier vous ?

AT : Souvent on postule aux marchés publics, tu vas voir que ton échantillon n’a pas été retenu mais à ta grande surprise tu constates que c’est ton modèle qui est retenu. Donc vous voyez comment un modèle qui a été rejeté peut-il être pris? Donc voici un peu nos difficultés. Je vais parler aussi de ce que tout le monde sait car il y en a tellement. Les gens qui viennent pour se former ne s’y mettent pas réellement. Ils viennent apprendre deux jours et disparaissent. La formation ce n’est pas pour avoir de l’argent. C’est pour la connaissance mais les gens font la confusion.

ICF : Vous employez combien de personnes?

AT : J’ai un chef d’atelier, j’ai une secrétaire, j’ai un assistant et quand je dis assistant c’est un coursier, et des contractuels et leur nombre varie en fonction des commandes. Mais ceux qui sont permanents dans l’atelier sont au moins 5 personnes avec au moins 4 stagiaires et 4 apprentis.

ICF : Que pensez-vous du stylisme au Burkina Faso?

AT : J’espère qu’il y aura des écoles de stylisme car s’il y a des écoles qui disent qu’ils font du stylisme, moi je les encourage car chez nous, il y a un adage qui dit << il faut attraper ce que tu as en attendant ce que tu veux>>. Si je disais que ce ne sont pas des écoles, c’est comme si on mettait en cause leur projet. Sinon on les encourage à faire mieux. Parce-que je pense qu’il y a beaucoup à faire dans ce métier.

ICF : Quelles sont selon vous ce qu’il faut pour mieux booster ce secteur au Burkina Faso?

AT : Ça c’est compliqué, parce-qu’aujourd’hui, au Burkina, on ne consulte pas les acteurs. Les gens veulent s’asseoir dans les bureaux climatisés et décider pour les gens qui sont sur le terrain. Surtout si c’est un projet qui me concerne, il faut qu’on discute sur ça. Aussi, il y a des projets que quand moi je constate au niveau de la formation professionnelle, détruisent même cette formation professionnelle, en lieu et place de la faire avancer. La preuve en est que chaque année, de milliers de personnes sortent avec le CQP, le certificat de qualification Professionnel et n’arrivent pas à être employées car elles n’ont pas de niveau. Donc à quoi sert de donner des diplômes aux gens qui ne savent pas coudre. Il serait judicieux de discuter avec les acteurs pour qu’ils donnent aussi leur avis.

ICF : Pouvez-vous revenir sur votre festival?

AT : J’organise le festival avec les artisans et la mairie de Sikasso à Orodara chaque année. Ce festival est organisé à travers plusieurs activités. On fait des formations, des expositions, des défilés de mode et d’autres activités. L’exposition c’est un cadre d’échange entre artisan et permettre à tout un chacun de présenter ses produits. Et ce festival a eu sa première édition en 2019.

ICF : Votre dernier mot

AT : Mon dernier mot c’est de remercier votre media de m’avoir invité.

 

Ahoua KIENFREBEOGO (stagiaire)

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