jeu 22 février 2024

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MODE: Entretien avec Emmanuel Ouédraogo, le « premier à faire un défilé de mode au Burkina-Faso »

Dans le cadre de la célébration de ses quarante ans de carrière dans la mode, le titan couturier, Emmanuel Ouédraogo a bien voulu échanger avec une équipe de INFOS CULTURE DU FASO. Ci-dessous nous vous proposons l’essentiel des échanges tenus récemment à Ouagadougou. Figure emblématique de la couture burkinabè, le fondateur  de  CA CHI CO retrace brièvement son parcours, évoque son actualité et révèle son projet le plus ardent. L’on  retient que ce vieux « routier » de la sape au Faso basé à Gounghin a « habillé l’Ex Chef de l’État, Thomas Sankara et toute sa suite notamment ministres, secrétaires généraux, directeurs et autres ». Celui-ci répond à nos questions dans les lignes qui suivent. Lisez ! 

INFOS CUTURE DU FASO (ICF): Retracez-nous brièvement votre parcours en tant que couturier.

Emmanuel Ouédraogo (Emmanuel O) : C’est une très longue histoire… Quand on est orphelin, on envie tous les enfants. Et moi quand je partais à l’église et que je voyais les enfants  très bien habillés en chemise, cravate, soulier…je tombais à la renverse et je me demandais toujours si je pourrai m’habiller comme ça un jour. Jusqu’à ce que je grandisse. J’ai commencé alors à travailler à travers la boulangerie où j’étais d’ailleurs bien payé et traité. Ayant l’ambition de devenir patron, j’ai entre temps décidé de me lancer dans la couture. D’autant plus que j’aimais me saper. Donc ma vision se résumait à faire de beaux  vêtements pour moi-même et surtout pour les autres. En ce moment, comme j’étais bien payé à la boulangerie, mon patron était en effet mon tailleur. Il était chargé de me créer un nouveau complet chemise-pantalon à chaque samedi (…). Exactement, c’est le 11 décembre 1971 que j’ai décidé de laisser la boulangerie pour aller apprendre la couture. J’ai passé 7 ans de formation et j’ai ouvert mon atelier le 16 septembre 1978. Alors ça fait quarante ans et plus 7 ans de formation.

ICF: Quelle est votre particularité ?

Emmanuel O: Personne ne m’a forcé à me lancer dans le domaine. Donc je fais les choses avec passion et enthousiasme. Aussi, je fais tout pour ne pas que ceux qui travaillent avec moi me perçoivent comme un patron. Plutôt, un collaborateur car nous partageons mutuellement les idées avec surtout la révolution et l’évolution de la mode (…). Comme la mode change à tout moment, j’ai compris qu’il ne faut pas s’assoir et dire qu’on connaît (…). On se complète…

ICF: Quels sont, par exemple, les tissus que vous utilisez pour vos créations ?

Emmanuel O: Ma spécialité était le costume. Une multitude de personnes ont porté mes créations à l’occasion de leurs différentes cérémonies de mariages. C’est  à  partir de la révolution que j’ai eu la chance de connaître le Président Thomas Sankara qui aimait mon affaire et nous avons lancé le FASO DANFANY. Ce pagne a été lancé pour pouvoir en  faire des prêts à porter destinés à l’extérieur. Nous avons commencé avec la coopérative SOULGA. Un regroupement de couturiers constitué de plusieurs groupes dont chacun comptait trente personnes. J’étais le responsable du sixième groupe (…).

ICF: Quels sont les défilés de mode auxquels vous avez participé ?

Emmanuel O: Ce que l’on doit savoir et noter, c’est que je suis le premier à faire un défilé de mode au Burkina Faso. En plus d’être couturier, j’ai fait aussi le théâtre et le  cinéma. Au niveau du théâtre, nous avons eu la chance d’aller avec la troupe nationale connaître le Nigeria à l’époque en 1977. Plus tard en 1985, Thomas Sankara  a demandé de faire un défilé de mode et personne n’en était capable. Sachant que je suis un grand couturier, ils sont venus me voir. Sincèrement moi aussi je ne savais pas comment ça se passait mais j’ai décidé d’assumer. J’ai vraiment eu du mal même a trouvé quelqu’un, disons des mannequins (…). Personne ne voulait laisser son enfant aller faire le malin devant les gens. Finalement on était obligé de sélectionner des membres de la troupe puisqu’ils ont l’expérience de se mouvoir devant les gens (…). J’ai eu le premier prix en 1985. Le regretté Songnaba Abdel a eu le deuxième (…). C’est à partir de ce moment que les défilés de mode s’organisent dans le pays. En 1986 lorsque nous sommes allés à Bobo-Dioulasso pour la Semaine Nationale de la culture (S.N.C.), j’ai remporté encore le premier prix (…). Je me rappelle qu’à l’occasion j’ai fait la connaissance de  jeunes passionnés, Issa Sorgo, actuellement aux États-Unis, sans oublier Achille (…).

ICF: Quelle est votre lecture de la mode actuellement au Burkina Faso ?

Emmanuel O: Je suis très content de tous les couturiers, stylistes du pays. C’est ce qui nous manquait. On avait les meilleurs types de tissu devant les autres pays au niveau de la sous-région. Tout passait par ici avant d’aller ailleurs mais la couture en tant que telle était au ralenti. C’est la faute aux burkinabè eux-mêmes mais pas aux couturiers. Le burkinabè ne s’habille même pas. Vêtements grands, petits, peu importe…pourvu que ça rentre. Il ne sait même pas ce qui est joli ou pas (…). Heureusement qu’aujourd’hui avec les gens qui sont rentré de partout, ça va. Tout le monde veut ressembler aux autres. Concernant le Faso DANFANY,  il est clair qu’à présent celui-ci est beaucoup prisé ici comme ailleurs. Je remercie le Président actuel, Roch Kaboré qui le valorise. C’est une matière rentable aussi adaptée aux militaires (…).

ICF: Présentez-nous de façon claire, la structure de haute couture CA-CHI-CO.

Emmanuel O: Elle propose du prêt-à-porter  traditionnel comme moderne pour tous: Femme comme homme. Notamment les grands boubous de chefs coutumiers. Je compose également des vêtements officiels pour les forces de sécurité du pays. Avec mes collections ordinaires, je sors à des foires. Présentement je suis le premier responsable de ceux qui sortent avec le Faso DANFANY à l’extérieur. Donc je représente en réalité le pays un peu partout en Afrique et dans le monde.  Tout récemment ont était du côté d’Abidjan, Lomé, Bénin, Mali, Dakar…

ICF: Partagez-nous votre principal projet au profit du mouvement tout entier ?

Emmanuel O: Les gens me demande toujours pourquoi je n’ai pas une école de formation dans la mode. Je profite de votre micro pour dire à ces gens de dormir tranquille  que  ça marche. J’ai pu avoir un terrain d’ailleurs en finition de construction. Rien que pour ma retraite. Je ne voulais pas mélanger les deux. J’aime ce qui est propre dans mon travail. Donc je ne peux pas gérer mon atelier avec les clients que je n’arrive pas à gérer et aussi vouloir m’occuper d’un cadre de formation (….). J’ai déjà fait quarante ans maintenant dans la couture. Je pense que ma retraite doit être incessamment. En ce moment je serai à l’école (….). Dans cette école on ira jusqu’à la spécialisation. Et l’idée sera aussi d’aider les éventuels formés à s’ingérer dans le milieu de la mode. On aura en effet la couture, la teinture, l’entretien…

ICF: Est-ce que vous travaillez avec des tisserands ?

Emmanuel O: J’ai 27 tisserands qui tissent pour moi depuis longtemps.

ICF: Vous êtes spécialiste du Faso Danfany. Utilisez-vous le KÔKÔ DUNDA souvent ?

Emmanuel O: Oui. Mais rarement. Je vais, à travers votre micro, remercier le jeune styliste Bazem’Se qui l’a modernisé. C’est qu’il faut faire (…).

ICF: Quels sont vos conseils à l’endroit de ceux qui veulent emboiter vos pas ?

Emmanuel O: J’invite tous ceux qui veulent venir dans la couture de venir parce qu’il y a à manger. Dans le même temps je demande à ceux qui sont paresseux de s’abstenir (…). L’avantage dans la couture est que si tu arrives à satisfaire 50 personnes, tu auras automatiquement 1000 à travers elles. Le milieu donne aussi l’honneur et impose le respect pour ne pas dire la gloire. Tous nous admirent (…).

ICF: Pour terminer cette interview, quel sera votre mot ?

Emmanuel O: D’abord je remercie le journal culturel, INFOS CULTURE DU FASO. S’il n’y avait pas un journal pareil, il fallait qu’on le crée (…). Je rappelle que CA-CHI-CO célèbre ces quarante ans au service du Burkina. Une célébration qui s’entendra sur quatre mois d’événements socio-culturels. Nous vous reviendrons avec les dates et autres détails y concernant. À tous ceux qui veulent des vêtements prêt-à-porter de tout genre, qu’ils passent  chez nous.

Fabrice Parfait SAWADOGO et Filasko Moussa KABORÉ 

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