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MODE: « la mode n’a pas un bilan définitif. Les années passent, au fur et à mesure que vous avancez, la mode reste la mode », dixit Pathé’O

Pathé’O, de son nom à l’état civil Pathé Ouédraogo, reste aujourd’hui une vritable icône de la mode africaine. Son immense carrière traverse les frontières. À l’occasion du neuvième Traité d’Amitié et de Coopération (TAC) tenu du côté d’Abidjan, en République ivoirienne, nous avons eu l’honneur de le rencontrer. Sa carrière, ainsi que la célébration de ses 50 ans passés dans ce métier, ont été les temps forts de nos échanges. Lisez plutôt !

Infos Culture du Faso (ICF) : Veuillez-vous présenter à nos lecteurs.

Pathé’O (PO) : Je m’appelle Pathé Ouédraogo, Pathé’O pour le besoin de la marque.

ICF : Vous êtes styliste, dites-nous-en quoi consiste votre travail ?
PO : Je suis couturier, le styliste, c’est celui qui fait les croquis et le modéliste est celui réalise les prototypes des croquis imaginé par le styliste. Les gens font une confusion entre le modéliste et le styliste. Moi, je suis couturier. J’englobe les deux.

ICF : Pouvez-vous nous parler de la mode ?
PO : La mode, est un secteur important de la vie. La mode c’est un tout. Elle résume la vie : l’habillement, la manière de manger, la manière de parler. C’est un mot vague. Renvoyée à la couture, elle devient un métier, le métier que je fais. Et je pense que c’est un métier important. Nous habillons les gens, nous les rendons heureux et fiers.

ICF : Dites-nous comment vous êtes venus dans ce métier ?
PO : Je suis venu à la mode par nécessité, ce n’est pas par amour. Je suis arrivé du village et une fois en ville, il me fallait faire quelque chose pour survivre. C’est ce qui m’a amené à la mode parce-que quand vous venez du village à la ville, tout vous intéresse. Vous êtes submergés et inondés de tout.

ICF : Pourquoi avez-vous choisi de bâtir votre carrière en Côte d’ivoire ?

PO : Je l’ai fait parce-que j’ai fait mon apprentissage ici. Ensuite, j’ai fait tous mes débuts ici donc je connais mieux le milieu d’ici. C’est vrai que je pouvais apprendre et repartir au Burkina Faso mais quand j’apprenais, je voyais beaucoup de burkinabè qui étaient là aussi. En plus, je me sentais bien dans le métier ici parce-que la mode était un peu plus développée qu’au Burkina. Mais maintenant le Burkina s’est beaucoup amélioré en matière de mode. C’est pour le besoin d’un milieu de travail que suis resté en Côte d’Ivoire.

ICF : Comment s’est comporté votre carrière pendant tout ce temps ?
PO : Le parcours est toujours parsemé de pas mal de choses. J’ai aimé la couture et au fur et à mesure que j’avançais je me rendais compte de la difficulté de ce métier . En Afrique, pour le moment, on ne considère pas les couturiers. C’est un métier qui est énormément très difficile, il faut arriver à faire des choses que les gens aiment, il faut arriver à respecter les rendez-vous, il faut arriver à faire le choix de la matière, habiller les gens correctement. C’est tout un ensemble de choses, au fur et à mesure que vous avancez, vous vous rendez compte qu’il y a pas mal de choses à faire dans la mode. C’est donc un métier qui d’une importance capitale dans la vie des êtres humains.

ICF : Résumez-nous votre carrière de façon brève?
PO : Ma carrière est parsemée de pas mal de choses. Il y a des évènements qui vous marquent et qui vous amène à un autre niveau. Ma première télé, je l’ai faite en 1985, c’est la toute première fois que la télévision ivoirienne m’a invité. Quand on vous voyait à la télé à l’époque tout le monde venait après. Ce petit, il est où, qu’est-ce qu’il sait faire et vous êtes submergés. Tout le monde veut sa chose en même temps et vous êtes seul; vous n’êtes pas encore équipés, vous n’aviez pas formés d’autres personnes; du coup, vous êtes seul à pouvoir satisfaire tout ce monde; c’est difficile. A part cela, il y a la confiance des gens à votre égard, vous n’arrivez pas très souvent à satisfaire tout le monde. Après la première télé, il y a eu les ciseaux d’or de la haute couture en Côte d’Ivoire. J’ai été le premier lauréat en 1987. Après 1987, on a avancé et j’ai habillé la miss Côte d’ivoire pendant 10 ans, de 1988 à 1998. Tout cela fait partir des étapes importantes de ma vie. Après, il y a eu la rencontre avec le président Mandela, là c’est vraiment la personne qui nous a mis sur le toit du monde. Il nous a montré au monde entier parce que lui, il était important et puis, il nous a donné sa confiance donc ça nous a aidé. Parce que c’est quelqu’un qui n’avait pas cette pensée dépassée d’africain qui devait s’habiller comme telle ou telle personne. Il y a eu plusieurs étapes comme cela qui ont fait que les gens nous ont connus et qu’ils ont continué à nous faire confiance. Voilà comment c’est partie.

ICF : Vous êtes une école de la mode, qu’est que vous pensez de la mode ivoirienne, comment se comporte-elle ?
PO : En Côte d’Ivoire, il y a beaucoup de jeunes talents; c’est énorme. Les gens sont très talentueux maintenant, il faut s’organiser, il faut s’équiper, il faut être patient, il faut respecter les normes de ce métier. La mode a un niveau élevé en Côte d’Ivoire, donc je m’y trouve et je m’y sens bien.

ICF : Au Burkina, Quelle appréciation faites-vous sur l’évolution de la mode ?
PO : Au Burkina, il y a eu beaucoup d’amélioration parce qu’il y a quelques années, ce n’était pas ça. Mais aujourd’hui, quand je regarde même tous les jeunes qui s’habillent en ville, on sait qu’il y a beaucoup d’amélioration, même les présentateurs à la télé, je regarde je vois qu’il y a beaucoup d’amélioration. Il n’y a pas longtemps j’ai participé à un défilé à Ouagadougou, on a vu qu’il y a, énormément de jeunes talents qui travaillent beaucoup le Faso Danfani et qui ont un futur prometteur. La mode s’est beaucoup développée au Burkina ses dernières années surtout à travers le Faso Danfani.

ICF : Quelle est votre contribution par rapport au développement du stylisme au Burkina?
PO : J’y vais très souvent et je suis en contact avec tout le monde. Je suis comme un père pour les créateurs aux Burkina Faso et en Côte d’Ivoire.
C’est énorme ce qui se fait au Burkina. Chaque fois qu’il y a un grand évènement j’y participe donc je ne suis pas étranger au développement de la mode burkinabè. J’ai beaucoup travaillé avec les jeunes burkinabè, des couturiers et aujourd’hui on sent qu’il y a une avancée notable dans la mode burkinabè.

ICF : 50 ans de carrière pour papa Pathé’o, quel bilan dressez-vous par rapport à cela ?
PO : La mode n’a pas un bilan définitif. Les années passent, au fur et à mesure que vous avancez, la mode reste la mode. Dès que vous ne créez pas, vous êtes oubliés donc c’est toujours un recommencement. De ce fait, le bilan, c’est un bilan de continuité; ce n’est pas un bilan figé où l’on peut dire que l’on a atteint le niveau. La mode, on n’atteint pas le niveau au fur et à mesure que vous avancez, vous ne pensez même plus à ce qui a été créé, vous pensez plutôt à ce qui n’a pas été créé. On avance, je pense qu’on a fait énormément de choses mais il reste encore énormément des trucs à faire.

ICF : Quelles sont les difficultés rencontrées ?
PO : Il y a eu des difficultés. C’est un métier que les gens n’ont pas considéré comme un métier d’avenir. En plus de cela, les africains ont encore l’esprit tourné vers l’Europe. Tout le monde veut être en costume, s’habiller comme un blanc, d’où la difficulté. Il faut que vous arriviez à satisfaire les gens, que vous arrivez à convaincre les gens qu’on peut ne pas porter des vestes et puis être bien habillé. Il faut convaincre les gens qu’on n’est pas obligé d’être en veste pour être considéré. Il faut convaincre les gens que la mode africaine peut aussi être considérée. C’est notre combat .

ICF : Quels sont vos projets à l’heure actuelle ?
PO : Les projets, nous avons ouvert un nouveau siège et c’est à partir de là que nous nous envisageons d’autres étapes pour le futur. C’était vraiment un projet qui nous tenait à cœur, et on y est. Maintenant, on va travailler beaucoup pour satisfaire tout le monde.

ICF : À l’occasion du 9e TAC, Madame la ministre burkinabè en charge de la culture vous a rendu visite, qu’a-t-elle dite ?
PO : Elle était satisfaite. Elle est venue, elle a même pris quelques vêtements. Elle a aimé et elle nous a félicité et apprécié le travail que nous faisons. Aussi, elle nous a dite qu’elle nous attend à Ouagadougou.

ICF : Nous au terme de notre entretien, quel est votre mot de fin ?PO : Je vous remercie d’être venu me voir ; le fait que vous ayez su que nous existons, est vraiment quelque chose de salutaire. On se bat aussi pour le nom du pays en étant ici aussi. Donc encore merci. Chaque fois les médias et les concitoyens passent ici pour savoir si tout va bien. Cela nous va droit au cœur de savoir que les gens comptent toujours sur nous. Donc on ne va pas baisser les bras, on continue de se battre.

Interview réalisée par Parfait Fabrice SAWADOGO depuis Abidjan

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