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MUSIQUE : « On ne peut pas utiliser le style des artistes d’un autre pays et pouvoir s’imposer face à eux », déclare Zoug-Na-Zagmda

Dans le cadre de son concert ce mardi 17 juillet 2018, à la maison du peuple, l’artiste traditionnel  Zoug-Na-Zagmda était face à INFOS CULTURE DU FASO. Si cette interview accordée par l’artiste le jeudi 12 juillet dernier a permis de parler de ce concert, nous avons aussi profité pour aborder sa carrière de 36 ans de façon globale.

Infos Culture du Faso : Veuillez vous présenter à nos lecteurs

Zoug-Na-Zagmda : Je me nomme Ouédraogo Issaka. Dans la musique on m’appelle Bibè Zoug-Na-Zagmda Kon Touk Tanga. Appelé Zoug-Na-Zagmda tout court, je suis le président de l’association des troupes traditionnelles du Burkina.

Infos Culture du Faso : Comment êtes-vous arrivé dans la musique ?

Zoug-Na-Zagmda : Je suis né avec la musique. Nous sommes de Ganzourgou. J’ai grandi dans une famille musicienne  auprès des frères, sœurs et parents artistes. A 15 ans déjà je pouvais me mettre face à des centaines de personnes de tout âge pour chanter et ambiancer. C’est ce qui m’a beaucoup inspiré à retrouver Ouagadougou en 1978. Plus tard en 1982 j’ai intégré la troupe traditionnelle de Naaba Ambga. Depuis lors, je ne fais rien d’autre comme boulot à part chanter.

Infos Culture du Faso : Vous avez combien d’années d’expérience dans la musique ?

Zoug-Na-Zagmda : Plus de 36 ans de carrière.

Infos Culture du Faso : Combien d’album cumulez-vous aujourd’hui ?

Zoug-Na-Zagmda : 72 albums. Je suis entré en studio en 1987 et  mon premier album est sorti officiellement en décembre 1988.

Infos Culture du Faso : Lequel de ces albums vous a révélé au public ?

Zoug-Na-Zagmda : C’est le premier album intitulé TING MOOR YELE.

Infos Culture du Faso : Quels sont les thèmes abordés dans vos chansons ?

Zoug-Na-Zagmda : Je parle de la tradition moaga et ses différents chefs depuis Naaba Ouédraogo jusqu’à Naaba Baogo. Avec des messages  et des conseils dans le sens de la fraternité, de l’amour et du bon vivre ensemble. En passant par la vie entre parents, amis…et la vie de couple, car celui qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il va (…).

 

Infos Culture du Faso : D’où provient votre inspiration ?

Zoug-Na-Zagmda : C’est la foule qui m’inspire. Il suffit que je sois face à un grand public pour que mon inspiration monte à des degrés impressionnants.   En plus d’aimer et d’être passionné de mon métier, j’e vénère  les autres. L’une des qualités que j’ai, c’est que je suis capable de retenir des faits et des histoires. J’oublie une chose lorsqu’elle n’est nullement importante pour moi.

Infos Culture du Faso : Quel est votre lecture de la musique burkinabè dans son ensemble ?

Zoug-Na-Zagmda : Les tendances modernes que font les jeunes artistes aujourd’hui sont appréciables. Mais ça ne fait que tuer notre tradition. Ce qui se passe en réalité c’est qu’ils évoluent dans des styles importés des autres pays. Or on ne peut pas utiliser le style  des artistes d’un autre pays et pouvoir s’imposer face à eux.

Infos Culture du Faso : Que doit-on attendre de l’état face à cette situation ?  

Zoug-Na-Zagmda : Il faudrait que le Ministère de la Culture puisse prendre ses responsabilités afin de contribuer à la promotion et la préservation de nos valeurs traditionnelles. Nous constatons que lors des grands évènements où il y a des étrangers, les artistes traditionnels sont le plus souvent écartés. Au profit de ceux qui font du moderne. Sans oublier les étrangers qui sont mis en avant avec une meilleure prise en charge sur tous les plans. Un constat clair qui n’encourage pas les jeunes artistes burkinabè à s’attacher à la tradition. Pourtant si vous remarquez bien, les grandes figures de la musique africaine comme Youssouf N’dour, Salif Keita, Alpha Blondy, Koffi Olomidé, chantent dans leurs langues, disons qu’ils se basent sur leurs traditions pour s’imposer.

Infos Culture du Faso : Certains pensent que la musique traditionnelle ne peut faire voyager les artistes. Qu’en pensez-vous ?

Zoug-Na-Zagmda : Non. C’est possible. Seulement que les moyens d’accompagnement manquent. Par exemple, j’ai rencontré l’artiste malienne Mahawa Doubiam dans le cadre d’une prestation  en France. Pendant qu’elle avait une troupe de six personnes, j’avais uniquement mon manager à mes côtés. Pourtant avec plus de cinq musiciens nous pouvons bien faire une prestation traditionnelle burkinabè en live. Dans toutes mes tournées en France, aux Etats unis et ailleurs, j’ai toujours eu plus d’argent sur la scène que les artistes venus de partout. C’est pourquoi je dis simplement  que nos autorités  nous punissent, en ne mettant pas les moyens à notre disposition afin que nous puissions facilement aller en nombre suffisant pour y présenter nos potentialités musicales et culturelles. Sinon  qu’ailleurs, la musique traditionnelle burkinabè est très appréciée. Ce n’est pas pour me vanter mais en Afrique de l’Ouest, aucun artiste ne peut me battre sur scène en matière de ‘’farotage’’ ou ‘’boucan’’. Cela a commencé avec moi et je vais demeurer ainsi car dans toute chose il faut être créatif, passionné et honnête. Tout en restant  attaché à ses valeurs traditionnelles et humaines (…).

Infos Culture du Faso : Votre dernier mot?

Zoug-Na-Zagmda : Merci à tous les mélomanes et à Infos culture du Faso pour cet entretien (…). Mes remerciements vont aussi à l’endroit de toute la presse nationale et internationale. Que le Burkina-Faso reste béni pour toujours. Merci.

Fabrice Parfait Sawadogo et Moussa Kaboré Dit Filasko

 

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