Théâtre et politique : Le spectacle ivoiro-burkinabè

 Théâtre et politique : Le spectacle ivoiro-burkinabè

Dans le grand théâtre de la cité, la politique est art. Le théâtre a donc une place importante dans la République. Voici en substance, l’analyse de Victor Kabre sur ce rapport consubstantiel.

À la scène comme à la vie réelle, le théâtre et la politique sont des alliés, tellement ils sont intimement liés. Faut-il le rappeler? Bertolt Brecht, Augusto Boal ont toujours pensé leurs spectacles dans une visée politique afin de changer ou de prendre parti pour des causes de leurs peuples. En Afrique, les hommes de théâtre comme Seydou Badian, Bernard Dadié, tous deux du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) et Bernard Zadi Zaourou, resté longtemps dans le gauchisme avec le FPI et l’USD, sont des dramaturges et pas des moindres. Ils ont offert des tableaux spectaculaires sur des modèles d’acteurs patriotes sur le continent noir qui ont servi la résistance tels Chaka Zulu et Soundjata Keita. Il y a, sans dire, une relation intrigante qui se lie quotidiennement dans les gestes d’actions de gouvernance de notre monde politique contemporain avec le théâtre. L’homme politique, ou si vous voulez « les acteurs politiques », sont à la manœuvre de nos États. Chose que le spectateur citoyen lit dans les différents «Actes » du théâtre de la cité. Prenons le cas des « réconciliations nationales » comme des pièces de « théâtre politicien » orchestrées pour le bonheur des peuples. Chaque pays y va avec sa mise en scène. Le Burkina d’aujourd’hui a pensé la réconciliation avec un conciliabule des acteurs qui s’est vu déjouée par l’absence d’acteurs principaux. Des voix dans le public n’ont pas apprécié la codification, estimant que des Actes ont été omis : Acte 1 (rencontre avec les forces vives : autorités coutumières et religieuses) ; Acte 2 (médiation dans le giron familial des victimes)… Tout ceci avant le « va, je ne te hais point !»  de Corneille. Le spectacle télévisuel devrait être le dénouement, le couronnement de ces scènes précédentes. On peut donc dire dans une certaine mesure que l’action politique doit s’accommoder d’une théâtralisation bien fixée. En effet, le personnage politique Blaise Compaoré décrié et applaudi par des parties de la « vox populi » le 7 juillet 2022 nous conduit à tirer des conclusions d’une «  bataille d’Hernani » provoquant des remous des spécialistes de la scène politique de notre pays. La violation de l’éthique et des attentes du peuple, juge du spectacle de l’Histoire politique, est à proscrire, comme dans un Tribunal Populaire de la Révolution. L’historien , homme politique et dramaturge en 1979 avec « Soundjata, lion du Manding » , fasciné par la pensée politique du personnage politique de Jules César tire un conseil précieux : « Dans l’action politique, la pensée est aussi importante , sinon plus que l’action elle-même, on ne peut passer, faire une impasse sur la théorie, on ne peut pas faire une impasse sur la réflexion …» . L’auteur de cette pièce de théâtre, évoquée plus haut, écrite du fond de ses expériences de prisonnier a lui-même fait les frais d’une réconciliation théâtralisée dont l’ancien président burkinabé était un acteur fort. Souvenirs de scènes : Bouaké, un autre juillet, 2007, sur un terrain de foot dont la scène officielle écrite a fini par lui donner son nom: le stade de la Paix. Une réconciliation au spectacle enflammé, Blaise Compaoré transmet le flambeau de la paix à Soro ensuite à Gbabgo. Un spectacle inédit s’ensuit, Gbagbo est dansant, Blaise Compaoré applaudit, les armes à feu sont passées à l’autodafé sous une ambiance de show musical. Woody et Tcheni Gbanani fument désormais le calumet de la paix. Hélas, la suite du spectacle est dramatique, 11 Avril 2011, quatre années après Bouaké, la symphonie des fusils se dénoue en Côte d’Ivoire après 6 mois de combat, Gbagbo est arrêté sous les feux de ses adversaires. Ce bref résumé des processus mal traités sur le plan artistique nous rappelle encore que le jeu politique est un lieu où se jouent et se déjouent des tours d’antichambre qui paraissent pour les nombreux spectateurs non coutumiers de la scène comme des coups de théâtre. En réalité, le rétroviseur indique que cette scène s’est déjà jouée à Ouagadougou, une réédition de la fameuse « Journée nationale du Pardon » instituée chaque 30 Mars depuis l’an 2001. A cette date, le Président Compaoré n’était pas un «  entremetteur » de la flamme de la paix. Il était lui-même concerné à se concilier avec son peuple. L’accessoire scénique « pigeon blanc » avait symbolisé la paix comme la flamme dans un autre passif aux Pays des hommes intègres. Des années encore, ce peuple est à la recherche d’une nouvelle dédramatisation du passé collectif dont les faits saillants sont la tragédie du 15 Octobre 1987 et le drame du 13 décembre 1998. Les pièces et scénarios conduits à Ouagadougou comme à Abidjan dans l’espace comme dans le temps par des acteurs de premier plan de la politique doivent tenir compte de la maxime suivante : «  La paix n’est pas un vain mot mais un comportement. »

Dr Victor KABRE

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