Interview: « À travers mes collections, mets en valeur l’image de la femme indépendante, qui s’aime, prend soin d’elle-même mais travaille », dixit Korotimi Dao

 Interview: « À travers mes collections, mets en valeur l’image de la femme indépendante, qui s’aime, prend soin d’elle-même mais travaille », dixit Korotimi Dao

Styliste créatrice de mode burkinabè, Korotimi Dao dite Koro DK, est la Présidente du Réseau des Industries de la Mode du Burkina Faso (RIM-BF). Lors d’une visite dans sa structure de mode basée à Ouagadougou, INFOS CULTURE DU FASO lui a tendu son micro pour en savoir davantage sur ses activités. Dans cette interview, Koro DK explique comment elle est arrivée à la mode. Avec une volonté affichée de contribuer au développement économique, culturel et social de son pays, elle n’a pas manqué de s d’indiquer la vision du nouveau réseau dont elle dirige pour le bonheur des acteurs du monde de la mode. Lisez plutôt!

Infos Culture du Faso : Comment êtes-vous arrivée à la mode ?

Koro DK : Je ne suis ni arrivée en rampant, ni en sautant. Mais par rapport à mon papa qui était tailleur, disons qu’il faisait la couture. Donc c’est par là que j’ai fait mes premiers pas dans le milieu. Après mon initiation je suis allée me perfectionner en France de 1997 à 2000. A partir du moment où j’ai réalisé que ça va être mon métier, je me suis mis plus au sérieux car il faut  que j’évolue dans le bon sens. C’est-à-dire ne pas faire du copier-coller mais plutôt un style personnel en vue de montrer ce que je sais faire.

Infos Culture du Faso : Parlez-nous un peu de votre dernière collection présentée au public ?

Koro DK : C’était lors de l’événement de mode Bob Fashion Week en juin dernier. Cette collection est baptisée ROUGE DE FEMME; un mélange de  FASO DANFANY et de la SOIE.

Infos Culture du Faso : Comment décrivez-vous votre style ?

Koro DK : Mon style surfe entre modernité et tradition. Quand je suis revenue des études pour bâtir une carrière stylistique, je me suis attaquée directement au FASO DANFANY qui était purement un pagne traditionnel. Aujourd’hui cette matière est à la vogue et fait partie du patrimoine et emblème vestimentaires au Burkina-Faso. Tout comme le KÔKÔ DUNDA qu’on a fait sortir des terroirs et valoriser.  Je précise que la maison KORO DK  propose, des vêtements pour homme et femme en passant par les ténues de travail surtout pour les employés.

Infos Culture du Faso : À travers vos créations de mode, quelle est l’image de la femme que vous souhaitez mettre en valeur ?

Koro DK : C’est une femme battante et indépendante, qui s’aime, prend soin d’elle-même mais travaille. C’est donc la femme libre et moderne simplement. Dans toutes mes collections je parle de femme car, elle est la mère de l’humanité. Cette mère qui nous porte et nous fait marcher et nous apprend à vivre.

Infos Culture du Faso : Êtes-vous aujourd’hui satisfaite du chemin que vous avez parcouru ?

Koro DK : Il y a des satisfactions partout. Quand on aime le travail qu’on exerce, on se sent heureux et bien dans sa peau. Je suis satisfaite mais dans la mode, on ne finit jamais d’apprendre.

Infos Culture du Faso  Promotrice de l’événement Mode Afrique. Qu’est-ce qui a motivé une telle initiative ?

Koro DK : La motivation est que dans la vie de tout un chacun, même si on n’a pas assez de moyen, je me dis qu’il faut savoir donner et partager pour embellir la vie de l’autre. Mode Afrique est née d’une association et qui a débuté au Rwanda. À mon arrivée dans ce pays, j’ai trouvé que les populations venaient de traverser une période difficile, disons un génocide choquant. Même si  cette situation a frappé tout le monde là-bas,  j’ai remarqué que c’est surtout les femmes qui étaient trop martyrisées. D’ailleurs, ce sont les femmes qui récoltent toujours les pots cassés dans la vie. Avec des collaboratrices, nous avions voulu quand même faire quelque chose pour égayer un tant soit peu celles-ci ; se sentant meurtries en elles-mêmes. Tout à commencer par là et nous avons fait le premier défilé en 2006 qui a été phare et exceptionnel. Un boom avec presque tous les stylistes de renoms de l’Afrique de l’ouest à l’époque. C’est comme cela que Mode Afrique est parti. Quand je suis revenue chez moi au Burkina en 2009, j’ai trouvé que c’est mieux de le faire aussi ici pour apporter mon soutien à ceux qui en ont besoin. Donc Mode Afrique  version Burkina s’organise tous les deux ans. L’ambition c’est que cette manifestation devienne internationale et qu’elle se positionne à l’image du FESPACO et du SIAO. Nous sommes à cinq (05) éditions en dix (10) ans sans compter les deux années manquées à cause des dernières manifestions qu’a connu notre pays. Cette année, 2018,  le rendez-vous est prévu pour novembre prochain.

Infos Culture du Faso : Quel est le bilan des éditions passées ?

Koro DK : Il y a eu des hauts et des bas. Le sponsoring est très difficile à avoir dans notre pays. Il faudra que nos dirigeants et les organismes internationaux et même les sociétés de la place mettent la main dans la patte parce que c’est au profit de toute la nation et non d’un individu.

Infos Culture du Faso : Comment se comporte la mode au Burkina-Faso ?

Koro DK : Elle fait son petit bonhomme de chemin parce qu’il y a une évolution. Une autre génération s’installe avec des jeunes qui veulent être de grands stylistes internationaux. Aujourd’hui nous pouvons dire que nous sommes des aînés dans le mouvement. Et il y en avait aussi avant nous, donc c’est comme ça. En effet, je confie qu’il a une grande évolution.

Infos Culture du Faso : Avec quelle matière aimez-vous travailler ?

Koro DK : Pas de limite. La maison KORO DK travaille avec presque toutes les matières même si à la base c’est le FASO DAN-FANI. Lequel je mixe avec les autres tissus comme le KÔKÔ DUNDA.

Infos Culture du Faso : Comment préparez-vous la relève ?

Koro DK : À plusieurs niveaux. Par exemple à chaque fois qu’on organise un événement, nous faisons prester les jeunes. Afin que ceux-ci se révèlent au public. Nous donnons alors  l’opportunité concrètement aux jeunes stylistes qui veulent se mettre beaucoup plus en lumière.

Infos Culture du Faso : Étant l’une des éminentes devanciers de la mode burkinabè, quels sont les conseils que vous avez à prodiguer à la nouvelle génération ?

Koro DK : Je demande à chacun d’aimer réellement ce qu’il mène comme activité. Et, surtout bien le faire. Ce qui permet d’aller de l’avant. Ne pas venir à la mode à cause de l’argent car ça sera difficile. En plus d’aimer son travail, il est judicieux de mener les actions et surtout demeurer persévérant et constant.

Infos Culture du Faso : Quelles sont par exemple les difficultés auxquelles vous faites face dans ce milieu ?

Koro DK : Il y a pleines de difficultés. Le secteur de la mode n’est pas beaucoup pris au sérieux. Pourtant c’est de la créativité, de l’invention, de l’imagination. Nous sommes simplement  des créateurs de mode mais en même temps nous participons à l’évolution du pays.  Parce que nous payons les impôts. Les créateurs ont des charges et des employés. Il est toujours compliqué d’avoir des prêts à la banque car l’on trouve que notre travail n’est pas rentable. Même au niveau du ministère de la culture, la mode n’était pas considérée comme un secteur porteur. Or, tout comme les musiciens qui bénéficient de tous les avantages, nous participons également à vendre positivement l’image de notre pays partout à l’étranger. Nous sommes alors des portes flambeaux de la culture burkinabè mais qu’on ne prend pas au sérieux. Je demande surtout au peuple de consommer les produits locaux. Ce, pour permettre aux stylistes d’évoluer.

Infos Culture du Faso : Vous êtes la présidente d’une nouvelle structure culturelle. Quelles sont les actions concrètes que vous entendez mener pour l’atteinte des objectifs de cette structure?

Koro DK : Oui ! Le réseau  des Industries de la Mode du Burkina Faso (RIM-BF) est une nouvelle structure culturelle présentée à la presse le vendredi 22 juin passé à la maison de la Culture de Bobo-Dioulasso dont le but principal est de créer un cadre d’échange entre les spécialistes de la mode et leurs partenaires. Maintenant on remarque que le gouvernement s’y intéresse. Pour la rencontre de présentation du mouvement dans la ville de Sya, nous avons bénéficié du soutien du ministre de la culture, Abdoul Karim Sango. Ce geste a été un ouf de soulagement pour nous. C’était la bienvenue puisque cela nous a permis de nous exprimer et présenter notre vision pour le développement du Burkina Faso que nous aimons tous. Il est clair que nous avons beaucoup de doléances. À l’issue de notre rencontre concernant notre rentrée, on va mettre sur pied, un point focal de départ. Disons une feuille de route pour que tout un chacun sache qu’on a désormais une voie commune bien tracée.  Une conférence de presse sera organisée plus tard pour présenter RIM-BF et sa vision au peuple burkinabè.

Infos Culture du Faso : Qu’est-ce que vous attendez de l’État ?

Koro DK : Qu’on nous considère comme des porteurs de flambeau de notre pays. Nous sommes d’ailleurs à cheval entre à plusieurs ministères. Au-delà de la culture, on a celui en charge du commerce, du transport, du social. Nous allons leur présenter notre feuille de route et voir comment ça va se passer.

Infos Culture du Faso : Quel est votre dernier mot?

Koro DK : Je remercie toujours le peuple burkinabè qui me soutient. Merci à INFOS CULTURE DU FASO.

Vive la Mode et la culture burkinabè.

Interview réalisée par Parfait Fabrice SAWADOGO et Filasko Moussa KABORÉ

Parfait SAWADOGO

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
22 ⁄ 11 =